Georges Henry Chakkour

 

 

 L’Offrande Poétique

William Bouguereau : L'Art et la Littérature
© Arnot Art Museum Elmira, NY


Poèmes de jeunesse dédiés au Docteur Dahesh

Liban 1978

Éditions Jeune Lévrier
© Georges Henry Chakkour

 

 

Préface

 

            Dans la corbeille fragile de ces pages, vieilles de vingt ans, j’ai jeté tout un confus mélange de fruits et de fleurs. Un essai d’une période novice, amie fidèle de la poésie, ayant par-delà tout aimé la délicatesse des uns, rêvant à l’élégance des autres.

D’aucuns se demanderont sur mes intentions ! Parmi ces fruits et ces fleurs de la jeunesse, il en est de si verts et de non épanouies encore, d’autres encore sont un pur exercice de style… Pourquoi m’esquiver ?! Je n’ai d’autre véritable explication à leur fournir, sinon que ce livre reflète mon âme dans le lac de ses pages. Et je le publie en acte de foi et d’amour pour un grand homme.

            Je me serais abstenu de le faire si je n’avais acquis la pleine certitude que le Daheshisme, ma religion, est destinée à sauver l’Homme de son mal réel, mal actuellement débordant, désolant : l’athéisme ! L’athéisme sous toutes ses formes et ses difformités de croyances et d’idolâtries modernes ! Un poison aigu qui n’aura de cesse qu’il n’ait grignoté et dévasté l’Âme de la Terre. Multiplié ses ravages et engendré une foule de symptômes en chaîne, et puis surtout, saccagé de ses tentacules – en vrai poulpe qui ne lâche pas sa proie, – la demeure de la Pensée.

            D’où me vient cette conviction ?

           C’est qu’une période de vingt années au sein du Daheshisme, m’a permis la chance unique au monde d’étudier de bien près des manifestations spirituelles, lesquelles furent dignes d’élaborer en moi le germe, l’amour, le courage et la raison d’une foi irrévocable en Dieu et en Ses prophètes, notamment en Docteur Dahesh. Et là, sans vouloir trop m’étendre sur des questions purement métaphysiques (et qui me dépassent, n’ayant ni la vertu de l’apôtre ni son mérite), je voudrais au moins dire, avec la simplicité la plus naïve du monde, ce que j’en pense. Naïve, si l’on me permet cette image, comme celle du rossignol peu philosophe de son chant… Et que saurait dire la fleur de son printemps ?!

            Le Daheshisme est une religion essentiellement divine, c’est-à-dire humaine, sociale et spirituelle. Vieille comme le Monde, elle est comme le Monde infinie et toujours nouvelle.

            Il ne s’agit point-là de tables tournantes.

            Le Docteur Dahesh est « le » Prophète Bien-Aimé dont parlent nos Textes, que chantent nos espérances, et que pleure la nostalgie de ce siècle sans manne.

            Or, le but de toute religion et de toute doctrine polythéiste ou monothéiste, s’ancre dans la volonté constante et bien définie de fonder en l’Homme l’amour du Vrai, du Bien, et du Beau. D’éveiller en lui ce jugement irréfutable, et dirais-je ineffable, à même de briser la gangue obstinée où paressent des vérités primordiales. Souvent oubliées ou méconnues ! De sorte que le pinacle de toute pensée religieuse, quel que soit son bord d’origine, quel que soit ce qui l’oriente ou son port d’attache, réside et s’abrège dans la recherche absolue de ces simples principes de bonheur. Tout le reste relève du superflu !

            Aussi ne serai-je point séduit par l’envie d’y déroger, en me livrant à des joutes sans fin et à des analyses aussi monotones que stériles. Qu’il me suffise cependant de prévoir, déjà, en humble et modeste annonciateur, que tôt ou tard le monde entier s’éveillera au Daheshisme. De Greenland à l’Australie, des États-Unis aux confins de la Chine et la Russie, embrassant tous les continents dans son merveilleux Message d’amour universel, à la vitesse des moyens médiatiques d’aujourd’hui, comme devait le faire à dos de chameau le Christianisme depuis la proclamation impériale de Constantin.

            Je sais et j’ai vu.

            Dahesh est preuve et certitude !

            Lui seul, bien au-delà des rêves de la Science, écarte le pan formidable qui masque le Géant Inconnu, rendant moins aride tout savoir !

            À mon avis, les mots n’ont jamais rien prouvé ! La preuve : tant de Bibles... et autant de crimes ! tant de Platons... et autant de doutes !

            Là, les philosophes se contredisent, ici, la pensée divague. Partout, les religions se font la guerre. Alors que nous avons tous soif de vérité, nulle preuve n’est là, partant nulle certitude pour trancher le nœud gordien du passé, épaissi de doutes, et nouer la gerbe future de demain.

            Nulle certitude, sinon les cœurs poètes et les miracles infus dans la nature !

            Mais qui voit ces choses ? Quelle âme pilate devine dans ces millions de visages muets (je veux parler de ces miracles de la Nature à qui la Science sans fin demande : « Qu’est-ce que  la vérité ? ») un Christ ligoté ? L’âme de ce siècle électronique semble exiger des preuves moins communes, palpables à ses sens et qui transcendent, de manière à n’en plus douter, les lois connues, afin de croire à une Intelligence Divine derrière la Création : cet Univers dont chaque atome est en lui-même un Univers de Merveilles !

            Ce besoin vital de certitude métaphysique est à même d’être étanché, aujourd’hui. Il doit l’être (et plus particulièrement par le renouveau daheshiste), sinon toute l’Évolution humaine s’abîmera dans un échec total, définitif, mortel tel que n’en a jamais vu l’histoire depuis le premier test d’Alamo.

            La fleur des civilisations s’étiole et se meurt, le nouveau siècle court vers une faillite aiguë ! Partout on voit, en effet, un Atlante soulevant au-dessus de l’abîme atomique une Atlantide d’athéisme : ces colosses aux pieds d’argile qu’un moment nucléaire viendra renverser d’une chiquenaude inévitable !

           Il est superflu et même vain d’insister sur le fait, quoique fondamental à mon avis, que toutes les religions inspirées du globe n’ont peiné que pour rendre forme et vie à ces buts si simples en eux-mêmes : Dieu, l’Immortalité des âmes, la Justice divine, la réincarnation, l’existence d’autres Mondes habités dans des myriades de galaxies, peuplant l’Univers de globes vivants semblables au nôtre (et que seraient le Ciel et l’Enfer autres que ces milliards d’étoiles et de planètes qu’on croit inhabitées parce qu’on a la présomption de présumer que Dieu n’a créé cet Univers que pour nos sottes bêtises d’un jour ?), le respect des valeurs, la Causalité divine, etc. Et que par conséquent, nos religions se complètent au cœur d’une force d’attraction commune, phénoménale : le Cœur même de Dieu, ainsi que dans leur essence originelle qui les font pour ainsi dire s’épanouir, se chercher et s’entrelacer dans le temps, malgré le temps et l’espace qui les séparent… comme les pétales, dirait-on, d’un lotus si beau : le Lotus de l’Unique Vérité !

            J’ai donc personnellement appris, et depuis belle lurette, à dépasser leur diversité de formes et de couleur infuses dans les cultes par l’erreur et l’ignorance, probablement inoculées par la cupidité irresponsable des hauts responsables religieux, vivant sur la charogne de la mentalité des peuples qu’ils fourvoient.

            Dois-je citer l’exemple du Liban ?

            Le Cas libanais est une preuve sociale brûlante, que le fanatisme religieux est un cancer qui finit par dévorer la cause et sa proie. Une sorte de suicide collectif aveugle, car si une nation vit de sa religion (qu’elle soit divine ou pure politique), elle meurt aussi des effets de son fanatisme et de son intolérance religieuse. Ayant pris le ferme propos de l’expliquer plus amplement un jour, je voudrais profiter de ce rapide préambule pour donner mon avis sur cette question (même s’il n’est plus temps). Me blâme ou me loue qui voudra ! Le Liban a été puni de ses dieux. Plus clairement exprimé ? des fautes de son gouvernement criminel des années quarante commises contre le Docteur Dahesh, alors que Béchara el-Khoury (cet Hérode du Vingtième siècle !) était au pouvoir.

            Qui dit gouvernement dit peuple !

            Sans le crime commis contre Jésus, Jérusalem et son Temple auraient probablement été épargnés, sa population n’aurait pas connu les horreurs de la guerre de 70 qui a secoué la région. Sans les crimes commis contre le Docteur Dahesh – une crucifixion moderne, – Beyrouth n’aurait pas été détruite, brûlée, pillée et ravagée comme le fut la ville des prophètes par les légions de Titus.

            La Fraternité Universelle Daheshiste élève haut sa voix contre ces absurdités d’enfants gâtés. Abolissons d’abord, et surtout, ces barrières ridicules de nuance culturelle et cultuelle. Nous sommes tous frères ! Un grand prophète est parmi nous ! Un prophète que chantent l’Évangile de Jean, le Coran sacré de l’Islam, et les pages immortelles de David et de Salomon. Les miracles dont je fus témoin vivant, au cours de vingt ans de vie au sein du Daheshisme, sont preuves prodigieuses de logique manifeste que Dahesh vient de ce Monde féerique afin de nous guider vers son Royaume éternel.

            Oui, son Royaume !

            Un Empire qui n’a point de fin ni de limites à sa beauté... Son Message est peint de prodiges spirituels merveilleux, miracles inconcevables, innés et manifestes comme la lumière du jour, seuls capables d’émouvoir notre indifférence blasée de roc et de granit. Sa Mission concerne chacun de nous. Sa vie, ses œuvres, ses écrits (et notamment le martyre qu’il a vécu au temps de Béchara el-Khoury), s’adressent à toute l’Histoire humaine, parlent à chaque nation. Son Message tend la main à chaque peuple, à chaque minorité, à chaque individu… Un jour il sera trop tard. « Il  n’est pas encore temps, » se leurre la Jeunesse que déjà la Vieillesse lui répond en écho : « Il n’est  plus  temps ! »

            Avant de clore ce texte rédigé en toute hâte, j’aimerais bien que mes lecteurs s’imprègnent de ceci : qu’en ce qui me concerne, je crois fermement que le Docteur Dahesh (le Prophète Bien-Aimé), parachève l’œuvre de tous les Messagers divins de l’Histoire biblique.

            Ce fronton de l’architecture dit Jésus, ce gros et superbe portail, en grinçant sur ses gonds répète les premiers pas d’Adam sur les feuilles mortes du paradis, cette rangée de hauts piliers, cette rosace, cet autel : c’est Moïse ! c’est Noé ! c’est Josué !

            Mais dans le temple d’Amour, le silence sidéral du naos divin dit « Dahesh ! »

            Telle est ma vérité et l’essence de ce recueil que je lui dédie avec amour et nostalgie. Et tout destin n’est que poussière...

            Sans lui, impossible que j’eus cru en aucun de ces prophètes si intensément. Dahesh fut la Preuve et l’Amour qui me manquaient. – Car ses miracles étonnants ranimèrent, seuls ! et à un moment imprévu de mon destin où je doutais de tout, leurs cendres oubliées et refroidies. Ils érigèrent en moi une foi d’airain en Dieu, – source et Père absolu de tout Temple, de toute Vérité et de toute Pensée !

 

*


Introduction aux Poèmes

 

           Celui qui a donné ce recueil – et il sera le dernier à l’oublier, – est loin de se donner pour écrivain ou poète. Nulle intention aussi de contrefaire le philosophe ou le moraliste. S’il y déroge parfois çà ou là, n’imputons cela qu’à une contagion passagère, laquelle a pu effleurer sa nature en dépit d’elle. Non ! Un homme simplement. Un peu poète... et beaucoup bohémien.

            Un homme qui essaya-là de chanter la douleur d’une tristesse infinie !

            Un homme qui a su aimer la vie à travers son grand amour pour Dahesh !

            Quand la guerre civile éclata au Liban, son beau pays d’origine, d’enfance et de jeunesse, toute la nomenclature de son monde se disloqua. La tente où il tenait serrée sa petite vie, le nid de ses bagatelles, ses espoirs, tout fut piétiné comme sous les pattes d’une troupe d’éléphants excitée par les dresseurs, les clowns et les saltimbanques d’un cirque soudain aveuglés par la passion de s’entretuer. Squelette ? la foudre s’abattit sur lui avec son coup de grâce : ce fut l’abîme entre ses illusions de la jeunesse et la dure réalité de la vie. Ses jours, ses rêves, ses nuits, ses livres aimés, ses résolutions de jeunesse, son pays, en un mot, tout son monde s’effondra comme un vulgaire château de cartes. Et pour comble, les circonstances firent qu’il ne put désormais rejoindre son maître bien-aimé.

            Une fontaine vous manque, et tout est désert.

            Un hasard plus miséricordieux rejeta alors son épave sur des rivages encore plus durs. Oui, plus miséricordieux ! Car les sables et les dunes du cœur sont moins durs à tolérer au cœur de l’Arabie. Il eut recours, surtout les vendredis (sous les chants des muezzins qui, en ces jours consacrés à la prière, survolent le pays comme nos hirondelles un jour de printemps), il eut recours au livre et à la plume afin de délester sa poitrine du trop plein de nostalgie qui le tourmentait. Et ces textes vinrent à l’heure de la prière comme pour essuyer ses larmes au frôlement de leurs ailes amies.

            Les pages qui vont suivre, ce sera tantôt une allée fleurie de vertes promesses. Tantôt un  arbre esseulé et solitaire, touffu de fruits mûrs que berce le murmure du vent. Tantôt un affollement de nymphes poursuivies par les satyres. Tantôt aussi une blessure amère qui crie sa révolte sociale et traque, sur l’impondérable flamme qui le brûle, le miel de sa douleur.

            Le premier cri de l’homme, c’est la Douleur !

            De la Douleur est née la Poésie !

            Et c’est Dahesh, Dahesh seul, que ces pages désirent chanter et rejoindre. (L’ami, le frère, l’âme sœur chérie, le printemps, la terre, le dieu Pan, la Montagne blanche, les étoiles de mon pays que je chante ou pleure, c’est lui.)

            Ce recueil de poésies est comme « le chant de cygne » d’une période morte et disparue. Un froid mortel me glace le cœur quand j’y pense ; et pourtant, je la chéris encore comme un matelot chérit la mer, quand bien même ses voiles y firent naufrage. Qui le lira pénètre le temple, aujourd’hui abandonné, où siégeait la statue vivante de sa plus belle mélancolie. Ô Pygmalion ! puisse tout homme retrouver son havre espéré. Toutes lèvres leurs lèvres chéries, et tout amour sa coupe de bonheur. Et vous, lecteurs, connaître la joie infinie d’une telle tristesse. 

           Elle est nostalgie pure à la recherche de son dieu !



*



Ouverture



 
           
Chant d’Abel

 

            Offrande poétique ?!

            Je te veux comme un salut que je lance, de loin (avec ma guitare et mon foulard de bohémien,) à l’Humanité entière. Le jour où j’atteindrai les cimes, mon salut sera d’une autre sève !

 
            Est-ce déjà l’aube ?

            Celle qui doit venir ?

            Celle qui doit trancher ?

            Celle qui doit répéter nos chansons ?

            Tu me demandes de te parler du Docteur Dahesh « en termes plus clairs » ! Tu viens dans ma solitude la plus tranquille, à cette heure encore où l’aurore cueille les étoiles. Et tu me poses la question : « Est-ce bien lui le matin des matins sublimes ? » Tu veux savoir, tu veux connaître. Tu devines comme l’avoir connu il y a bien longtemps. Le jour où Rome crucifiait les prophètes ; le jour où Pilate reniait. « C’est comme si j’ai déjà bu à cette fontaine, » me dis-tu.

            Comme si tu as bu à ses larmes.

            Et tu veux savoir et tu veux connaître, comment moi-même je l’ai rencontré, et dans quelles circonstances.

 

           Quelque chose d’inapaisé, et d’inapaisable, bat au rythme de chaque instant. Et ta faim et ta soif me reviennent à l’heure où, suave, l’aube caresse les étoiles du matin... Était-ce il y a longtemps ? L’ai-je vite suivi, ou seulement si mon âme a marché à sa rencontre comme vers une fontaine ?

           

            Le Monde, mon frère, est loin d’éditer les mots qui me brûlent les lèvres. Mais leur feu gît muet dans mon granit et berce mon âme aux chants multicolores de ses étincelles… ces mouettes qui tournoient dans ma pensée comme au lever du jour ! Je crois fermement que « Dahesh » est un mot qui restera au-delà de toute expression. Au-delà de toute parole ! Au delà de tout rêve et de toute pensée humaine ! Car le Poète qui l’a prononcé est cela même ce qu’il y a de plus divin en nous ! Comme le silence sidéral au cœur des étoiles, pour entendre sa lointaine vision, il faut d’abord écouter son propre cœur.

 

            La première fois que je vis Dahesh, c’était hier encore ! Et ce sera encore demain, moments de brume au sein de l’indéfini spirituel. J’avais alors vingt ans à peine. Était-ce en moi que je pressentais ce germe de paradis naissant, lot ineffable et confus de l’Ange humanisé ? Était-ce le murmure ravi d’un lointain et  inexprimable passé galiléen ? Je ne sais... Toujours est-il que ma prime rencontre sur la Terre des hommes, en ce siècle, simplement, fut pareille à un tressaillement de renaissance, à une joie de baptême dans l’Olympe des dieux. Et saura-t-on jamais le vrai visage de ces moments qui dissimulent tant d’aubes nouvelles et d’aventures imprévues ?! Oh ! à une explosion de fleurs au milieu des ravages de l’hiver. Et les dimensions, et les mots, et les choses, et la vie, et le temps, et l’espace, et l’expression : tout avait disparu !

            Je me vis divin moi-même…

            Je réintégrais mon Dieu !

            Pourtant le doute battait encore son plein et ma foi d’une aile... Que ma vie, il est vrai, non seulement filait à la dérive des jours, mais je le sais maintenant, aucun idéal, aucun espoir de la rose à la ruche n’étaient venu tenter mes ailes. Et j’allais, ombre de vertige emporté par le vol d’un refrain sans nid ni moisson ! Et c’était encore l’ennui ! Ce vin acide que refuse de boire la jeunesse fourvoyée ! Un ennui monotone de calice l’autre, sans le salut d’un reflet qui vient nuancer d’espoir l’incohérence des choses de la vie.

Un néant ! peuplé d’instants lumineux, sans but ni visage ! La nuit me cernait et le silence sidéral au fond des choses me pesait de tout son poids d’étoiles ! La nuit... d’où naîtront toujours des chants vers l’aube !

[ … ]

Ô Frère Divin !

            L’Ali du Bien-Aimé !

            Ange pétri de Prodiges !

            Miracle Infini !

            Bénis cet inconnu qui T’a recherché toute son enfance, toute sa jeunesse. Qui s’est éveillé vers Toi pourtant avec chaque battement d’heure, avec chaque pas de saison que la poussière donne et que l’oubli efface...

            Te connaître !

            Davantage !

            Dans son immense amour pour la vie !

            En  Toi !

            Par Toi !

            Au-delà de lui-même !

            Dans le rêve et le songe !

            Et le parfum du coup d’aile,

            final,

            extrême...

            Au cœur insondé de l’insondable Divin !

            Je ne crois plus en la bonté da la race humaine.

Désormais pour moi, tout ce qui est d’elle porte l’empreinte de la vanité !

            Toi seul est mon Guide à présent !

            Ô Frère millénaire !

            Ô Firmament pur !

            Havre imprévu et miséricordieux !

            – C’est moi, Abel, Ton frère !

            C’est moi la faute ! –

            Bénis la coupe que demain m’offre, mains de brume guidant l’espoir vers l’impénétrable indéfini !

            Que le salut que je lance à mes frères et sœurs en l’Humanité,

            en Toi retrouve son symbole éternel et infini.

 
            C’est le matin qui se lève,

            beau comme toi, Prophète de l’Arabie !

            et les étoiles sont évanouies… !



*



Dahesh


« Comment oublier ces moments d’Olympe,
Et ma reconnaissance jamais ?!
Je te dédie… ces pages d’hier,
Pages sans rythme ni forme,
Brume diurne…

Espoir d’être, simplement,

Un moment qui fut, à l’orée de ton matin ! »




Triptyque

[Volet gauche du triptyque]

« Un grand prophète est parmi nous.
Un prophète que chante l’Évangile de Jean,
le Coran sacré de l’Islam
et les pages immortelles de David et de Salomon... »


Dahesh

Dahesh !

Toi seul es le Maître !

Toi seul es l’Ami !

J’ai bu à la source qui rend gai tout savoir...

Est-il en ce Monde une force qui vaincra ta volonté en moi ?                              

Aucun mal, aucune arme ni trame ne me touchera, moi l’ombre obstinée de ta vérité !

Toute opposition me servira de piédestal, vers un bien plus suave encore !

Prophète Bien-Aimé !

toi seul es le Vin,

toi seul es la Vigne !



[Panneau central du triptyque]

« Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux.
Ne vous faites pas non plus appeler maîtres, car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ.
Le plus grand parmi vous sera votre serviteur.
Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. »


Libre à Chacun

Libre à vous,

            d’adorer le Dieu d’Adam ou de Jésus !

Libre à vous,

   de vénérer tout temple,

            tout encens et toute statue !

Libre à vous,

            tout vin de cendres,

            d’épines ou de ciguë !

Libre à vous,

  tout Coran et toute Bible !

Libre à vous,

   tout début et toute fin !

Libre à vous,

   toute Société politique, civile ou religieuse,

   tout Gouvernement, toute Loi et toute Constitution !

Libre à vous,

            vos doctrines d’étoiles,

            d’ombres et de néant !

 

L’inéluctable avenir

porte gravé sur son front de bronze,

Qu’il ne sera qu’un maître :

            C’est Dahesh !

Qu’il ne fut qu’un Verbe et qu’un seul Christ :

            C’est son Esprit !

Qu’il n’est qu’un paradis :

            C’est Lui !



[Volet de droite du triptyque]

« Ses miracles bien au-delà des rêves de la science…
Mais Dahesh l’homme que j’ai connu, le frère et l’ami,
était encore plus grand que ses miracles divins. »


Le Nazaréen

Dahesh !

Si tu n’es pas Jésus,

Pourquoi cette couronne d’épines

Et la foule haineuse de Pilate et de pharisiens ?!

Si tu n’es pas Jésus,

D’où grêlent ces miracles de vin et de pain ?!

Si tu n’es pas Jésus,

Pourquoi tous ces hosannas et ces blasphèmes ?!

Si tu n’es pas Jésus,

Pourquoi donc cet ange se rebelle,

Et cet autre qui se prosterne ?!

Si tu n’es pas Jésus,

Pourquoi ce bouclier divin autour de toi ?!

Si tu n’es pas Jésus, ô Dahesh !

Pourquoi, en versant une larme de joie, Madeleine rajeunie en ton Amour,

Épand-elle sa chevelure au doux parfum choisi, sur tes pieds adorés ?!

Si tu n’es pas Jésus !


 

*



Mélange

« La joie est dans la tristesse, et le bonheur, dans la nostalgie de l’être aimé qui nous manque, alors que tout nous parle de lui. »
 

1978, Beyrouth / Liban





L’Inexorable Tempête

Je sais que la caravane des jours

portera mes chansons où que tu demeures.

Toutes célèbrent le miel et la nostalgie de ton retour !

Qu’importe si, dans mes hâtes ou mes faiblesses,

j’ai bafoué, impardonnable,

l’harmonie chenue et reconnue ?

 

En butinant le suc de mes heures de solitude,

mes abeilles laborieuses n’ont pensé qu’à toi !

Toi seul, Père et Maître de l’Offrande !

 

Leur murmure soyeux semblait brûlé

de diamants choisis, serti d’actes purs.

Dis-moi, comment briser cette digue d’attente ?

Comment m’élancer vers tes rives ?

Comment dévêtir la gangue qui prédit

mon amour de soleils ?

 

Oh ! lève-toi, inexorable tempête !

Viens rompre l’orgueil infus dans mes pierres,

que l’été rende plus douce ma vie,

nuages légers au sein de l’azur…

Et m’évapore,

volonté de solitaire,

dans la grande solitude bleue !

 

Qu’au moins une parcelle de moi

s’envole vers lui !




Je Reviendrai

Dahesh !

Je reviendrai demain,

avec le chant des étoiles,

adorer l’ombre bénie de tes palmiers !

Je reviendrai avec la brise de l’hiver,

humer le parfum de tes contrées fleuries !

Je reviendrai de la tombe, pleurer mon soleil disparu,

toi mon espoir et ma vie !

 

Je reviendrai dans les fruits mûrs de l’été,

enrichir le cœur des saisons, 

et je chanterai la gloire

et l’hymne de ton nom !

Je reviendrai sertir les nuits,

comme une pluie d’astres multicolores,

et, pareil au moineau des lianes en fleurs,

je me recueillerai au sein vermeil des souvenirs !

 

Je reviendrai pleurer,

avec la rosée des matins,

les pages mortes de mon amour ; 

je reviendrai, comme une richesse d’hirondelles,

embellir le printemps de la vie…

Je reviendrai à la Terre,

par toi, Dahesh, autel de tant de Mondes,

prier Dieu qu’en toi j’ai connu !

Je reviendrai, comme les vagues de la mer,

effacer trop de misères ;  

humant le souffle de ton passage,

sur les rivages que tu as bénis.

Ouvre-moi ta chrysalide d’ombres,

tabernacle absolu et chéri !




La Rive des Séraphins

Allons vers l’autre rive, mon âme,

allons renaître aux temps nouveaux !

– Où rien de ce monde n’existe,

d’où tout l’homme est banni. –

Où les jardins ont des musiques pures,

et la mer, la magie des chants divins !

Allons-nous mon âme vers d’autres rivages,

là où l’ombre est comme l’aube,

colorée au pastel des paradis !

Et le bonheur, joaillier de nos amours,

revient en mille vagues se briser sur les pierres,

pour les polir au chant des feuillages

où jouent et folâtrent les satyres.

 

Allons vers les sources aux eaux douces,

qui baignent de paix la lumière

et le pas poétique des nymphes !

Allons vers ces cœurs,

ces cœurs qui n’ont d’autres entraves,

qu’une liberté ensoleillée !

Où l’idéal gouverne le dieu Pan

et l’orgueil des séraphins ! Allons…

Allons vers cette dimension de vertige,

revivre d’autres siècles d’amour !

Allons là où les pleines lunes tout en grappes,

et les Saisons et l’Heure,

oublieuses du Temps fugitif qui passe,

jouent et se mirent

dans un océan vermeil de parfums !

 

Si les roses et les lilas,

ont des pétales pour cœur,

si les nuits sont criblées d’étoiles,

si nulle côte ne pourra compter ses vagues,

moi, je n’ai que ce rêve,

– mourir –

mourir sans fin vers cette rive, mon âme !

 

Ensemble nous avons cueilli,

pour l’Offrande, pour l’Offrande,

les rires et les pleurs, 

et la rosée,

la rosée des tendres fleurs !

Ensemble vendangé,

Ensemble, mon âme,

laissé mûrir,

ensemble bu et chanté,

les grappes de nos vignes, de nos vignes !

 

Que reviennent ces jours chargés de fruits,

et cette ombre bleue qui tombe des rayons en moirures de nacre.

Revienne, revienne,

le temps des perles,

le temps des émeraudes,

pour cueillir l’Offrande,

l’Offrande des guirlandes,

à notre Seigneur !

 

Allons-nous vers l’autre rive, mon âme,

allons renaître aux temps nouveaux !





Nocturne

Quand mon crépuscule atteindra

ses rimes nocturnes,

ô vie,

que dans une étreinte plus forte que l’Amour,

mon âme en toi s’épanouisse poèmes et oubli !

Toi qui embellis de doux ocelles la chenille,

et ranimes de tempêtes oubliées l’onde sénile ;

toi qui d’un baiser embrases les soleils,

et rends douce la lune des amants ;

toi qui éveille les hymnes multicolores

que brodent sur le linceul de l’automne les papillons ;

ô douceur plus belle que l’aurore !

joie qu’aborde l’âme dès son berceau !

toi, Nymphe au regard d’étoiles !

maintenant que tout s’achève,

semble-t-il,

maintenant que l’onde,

l’onde immortelle,

va rejoindre l’onde extrême,

vie ! ô vie ! ouvre-moi tes bras déesses,

et chasse de mon sein le spectre

de ces moments de cendres !

Viens, flot de souvenirs,

avec ta crinière cristalline,

douce et rebelle comme Diane la chasseresse,

viens bouleverser, viens fleurir,

dans les savanes de ce cœur

les rêves d’une vie que sucera sitôt la poussière !

Que ton chant aux notes veloutées,

vermeilles à cette heure triste du crépuscule,

me redessine un monde de colombes,

parmi les buissons qui sombrent dans l’ombre,

et de nuages bleus,

et l’idéal,

et les songes paquebots.

 

  

 

 

L’0bstiné

Je marcherai obstinément vers mon but,

sans me soucier de la nuit,

ni du long chemin qui se dilue à l’horizon !

            Vers mon but, Seigneur,

            je marcherai obstinément !

 

J’irai là où les rêves et les songes

ne peuvent mourir,

et  je lancerai mes hautes ambitions et mes cris,

            essaim obstiné d’aigles

            que nul soleil ne fera frémir !

           

Reviens ! ô matin des splendeurs

et des séraphiques merveilles,

et conduis mes pas hésitants vers tes vallées,

            où nos rêves et tes roses

            ensemble vont refleurir !


*


(À suivre prochainement : Sélection de nouveaux textes et poèmes)

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