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L’affaire Dahesh

Lettre de Marie Hadad adressée au Secrétaire général des Nations Unies vingt-cinq ans avant l’éclatement de la guerre civile qui a ravagé le Liban


Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies
Palais de Chaillot – Paris


 

Je me permets de vous adresser cette requête, m’appuyant sur l’appel que vous avez lancé, appel reproduit dans la Presse et les agences télégraphiques, invitant les peuples opprimés – et même les particuliers victimes d’injustices de la part de leurs propres gouvernements ou des hautes autorités de leur pays, – à s’adresser directement à vous, afin que justice leur soit rendue.

         

Puisque l’Organisation des Nations-Unies signifie une Cour Suprême pour tous les pays, et même pour les particuliers comme cela a été proclamé au monde entier, moi, Marie Hadad, libanaise, née à Beyrouth, je viens au nom des « Daheshistes » persécutés au Liban, exposer ce qui suit :

 

Un citoyen libanais, innocent de toute accusation ou délit, est persécuté par les autorités libanaises, influencées par le Président de la République, Mr. Béchara El-Khoury. Ce dernier agit illégalement et de manière tyrannique pour des motifs personnels. Il est le mari de ma sœur, et cette funeste parenté fut cause des faits suivants.

 

Il y a six ans environ, nous avons connu, mon mari et moi, le Docteur Dahesh. Par sa vie, ses principes et ses œuvres, il a forcé notre admiration. Mon mari et moi n’étions certes pas les premiers de ses nombreux adeptes ; mais notre conviction – basée sur la connaissance de sa personnalité et l’expérience d’une longue fréquentation – fut inébranlable. Le Docteur Dahesh, chef d’une doctrine religieuse établie sur les livres saints, (prêchant l’unité essentielle des religions) vise à l’universelle fraternité. Il entreprend la réalisation d’une œuvre de vérité et de justice. Son domaine – une renaissance évangélique – est celui de la raison et de l’esprit des prophètes. Il attaque tous ceux qui font de la religion un métier pour aboutir à des fins personnelles. Il attaque les abus, l’hypocrisie et le mensonge. Il est de plus un écrivain dont se ferait gloire la plus grande des nations. Autour de lui se groupent des adeptes de toutes les religions et de toutes les nationalités, formant une élite intellectuelle unie au service de l’Humanité : médecins, écrivains, avocats, hommes d’affaires et autres.

 

Le fait de notre adhésion à la doctrine du Docteur Dahesh contraria vivement le Clergé catholique, dont nous dépendions jusqu’alors, car son but est d’entretenir le fanatisme religieux au Liban en sauvegardant son influence et ses profits. Il contraria aussi vivement notre famille attachée à ce Clergé depuis la nuit des temps. De plus, le Docteur Dahesh est un démocrate né... et le Président de la République Libanaise – Béchara El-Khoury – sa femme Laure (qui est ma sœur comme je l’ai dit), et Michel Chiha du journal « Le Jour » de Beyrouth, qui est mon frère, pensaient que leur stupide snobisme et leur prétendue aristrocratie seraient atteints par notre adhésion au daheshisme. Non seulement ils se sentaient rabaissés par une telle figure, mais ils avaient peur des répercussions négatives sur l’opinion publique suite à notre fréquentation avec un homme aussi influent et qui prêche l’unité des religions dans un pays qui en a tant besoin, la lutte contre le fanatisme, enfin toutes ces force négatives sur lesquelles repose actuellement notre système politique confessionel. Ils se sont dits : « Débarrassons-nous de cet homme, il gênerait nos plans, car sa force et ses arguments sont extraordinaires. »

 

Donc, sur l’instigation de mon frère Michel Chiha, un fat prétentieux imbu de jésuitisme (alors qu’il fut lui-même un des rédacteurs de notre Constitution élaborée sous Henry de Jouvenel), un plan fut établi d’accord avec le Président de la République Libanaise, Béchara El-Khoury, et son ministre de la Justice d’alors, Habib Abi-Chahla. Sur leurs ordres, la Sûreté Générale, aux trousses du Docteur Dahesh, chercha vainement à dépister quelque fissure dans sa vie par où l’attaquer en justice. Des faux témoins furent corrompus pour l’accuser d’ « offenses aux mœurs ». Aucune preuve ne pouvant être établie pour appuyer leurs allégations, et ne pouvant rien contre lui par le droit... un complot fut tramé pour attenter à la vie du Docteur Dahesh.

 

Le 28 Août 1944, à 8 heures du matin, une bande de Phalangistes libanais, tous gens de métier payés, attaquèrent le Docteur Dahesh devant la porte même de sa demeure sous les regards bienveillants de la police (qui cernait la maison depuis le matin). Mais la Providence le sauva d’une mort certaine.

 

Non seulement les agresseurs ne furent nullement inquiétés, mais ce fut le Docteur Dahesh qui fut arrêté, puis, par le droit abusif de la force, le Président de la République libanaise Béchara El-Khoury, violant la Constitution comme personne ne l’a fait jusqu’à présent (car quel crime abominable que de dépouiller un citoyen de sa nationalité), le déposséda de sa nationalité par un simple arrêté dictatorial, sans que cet arrêté fut sanctionné par une loi votée par la Chambre des Députés. Le Docteur Dahesh fut emprisonné sans droit de contact avec son avocat, ignominieusement traité (comme on le voit dans les documents que je vous joins dans ma lettre), et sans jugement aucun, jeté sur les frontières turques sans aucun papier d’identité ni un sou en poche, alors que la Deuxième Guerre mondiale battait son plein.

 

En ce temps-là, M. Riad Bey El-Solh, l’actuel chef de la délégation libanaise à l’ONU, était aussi chef du Gouvernement. Et complaisamment, il s’est soumis à la volonté du président et a approuvé cet arrêté... Il est étonnant, que Riad Bey El-Solh qui avait été lui-même persécuté, exilé et condamné à mort pour des idées de liberté dont il se fait aujourd’hui le champion, ait trempé dans cette injustice qui attaque dans ses bases la liberté individuelle, et qu’il ne cherche point à la réparer.

 

Donc, sans jugement, d’une manière despotique et arbitraire, contrairement à toutes les lois existantes, un libanais est dépouillé de sa nationalité et, sans autre forme de procès que la volonté du Chef de l’État, est jeté hors du pays... Il est jeté en temps de guerre, sur une frontière étrangère, sans la possibilté de se déclarer citoyen d’aucun pays quelque part sous le ciel... En territoire étranger, et en temps de guerre, on a le devoir et le droit de le considérer comme un espion. Il est constamment exposé à être fusillé comme tel... ou pour le moins, emprisonné et balloté d’une frontière à l’autre. Il se trouve dans une situation sans issue et doit errer à l’aventure, exposé à tous les dangers, se cachant au petit bonheur la chance jusqu’à l’heure où son propre pays, par le fait d’un changement de gouvernement, lui restituera sa nationalité.

 

Voilà déjà plus de quatre ans que ce crime fut accompli et que le Docteur Dahesh erre apatride, de frontière en frontière, sans droit de rentrer au pays.

 

Nous n’avons cessé, nous les Daheshistes, d’élever nos protestations contre la plus criante injustice qu’on puisse enregistrer. Ma consceince m’imposait le devoir de la défense et me contraignait d’agir comme autrefois Émile Zola dans l’Affaire Dreyfus. Les paroles furent inutiles ; j’ai donc publié un très grand nombre de « livres noirs » qui furent distribués partout au Liban, en Europe, en Amérique, ainsi qu’au corps diplomatique de Beyrouth, pour que le monde apprenne la vérité sur ce crime inique commis au Liban au vingtième siècle.

 

La publication de ces « livres noirs » bouleversa les personnes responsables du crime. Et pour en atténuer l’effet devant le public, ils ont cherché à lui faire croire que je n’avais pas l’esprit normal. Mais là un scandale éclata, et à leur totale confusion, un rapport des médecins les obligea à me libérer. Cet acte honteux aura dans l’avenir de très graves conséquences pour ses auteurs.

 

Je fus emprisonnée en effet à deux reprises ainsi que plusieurs partisans du Docteur Dahesh sur les ordres du Président de la République libanaise Béchara El-Khoury, mari de ma sœur, et cela pour ma persévérance à défendre un homme juste et innocent... Une femme de ma situation emprisonnée dans ce pays par sa propre famille pour une idée de justice parce qu’elle défend la cause d’un innocent contre le despotisme le plus illégal qui fut jamais, cela ne s’est point encore vu jusqu’ici, et l’indignation était universelle. Je suis demeurée sereine et j’ai continué à écrire et à protester. Les grands mouvements spirituels ont toujours victorieusement traversé des phases de persécutions et de prisons... Il en serait de même pour nous !

 

Dans ce petit Liban considéré comme un pays démocrate, nouvellement promu à l’indépendance et qui se flatte de faire partie des Nations-Unies, le Chef de l’État Béchara El-Khoury agit en dictateur. Fonctionnaires et magistrats obéissent aveuglèment à ses désirs par crainte d’être destitués. Un tel crime dans un autre pays plus évolué que le nôtre aurait provoqué la chute du Gouvernement et du Chef de l’État ; ses auteurs auraient passé en jugement !

 

Jamais, et sous aucun régime, le Liban n’a connu une telle anarchie intérieure, et quand les journaux portent à la connaissance du public les scandales de ce régime, ils sont suspendus arbitrairement. Les consciences au Liban s’achètent par l’autorité et se paralysent par la force.

 

Un peuple qui a permis au gouvernement de Riad Bey El-Solh et au Président de la République libanaise Béchara El-Khoury de fausser les élections du 25 Mai 1947, ne mérite point de se présenter comme champion international de la liberté. Comme tout le monde le sait, et comme la presse l’a publié, ces élections ont été cyniquement truquées pour obtenir une majorité de députés soumise au Président de la République et renouveler son élection. Ils l’ont donc renouvelée, chose inouïe, plus d’un an avant l’expiration du premier mandat. Et d’ici un an, automatiquement, le Président de la République Libanaise sera confirmé dans ses fonctions pour une nouvelle période. Mais cette élection est illégale, car cette chambre de députés est considérée par la masse des libanais comme illégale.

 

Un chef d’une doctrine religieuse en la personne du Dr. Dahesh est ignominieusement persécuté. Ses plus proches adeptes sont les victimes d’individus qui attaquent la liberté individuelle dans ses fondements les plus sacrés... et cela dans un pays à qui les grandes puissances ont octroyé l’indépendance croyant qu’il a atteint le niveau d’une civilisation méritant cette indépendance. Tant que le Liban qui compte environ un million d’habitants appartenant à une vingtaine de religions et communautés différentes, est régi sur une base confessionnelle qui alimente un fanatisme religieux aigu... il ne peut prétendre à atteindre une civilisation pareille à celle d’autres pays ; en fait de civilisation il n’en a que la façade.

 

Il ne suffit pas aux délégués du Liban de parler de liberté et de la proclamer dans leurs discours à l’ONU et ailleurs. Il s’agit de ne pas attenter à cette liberté et « aux Droits sacrés de l’Homme ». Je m’étonne que M. Charles Malek, président du conseil économique et social à l’ONU, se soit permis à Genève, et se permette encore aujourd’hui de parler à l’ONU des « Droits de l’Homme » et de la Liberté de penser et d’écrire... quand il sait bien pourtant que le Liban est asservi à toutes les servitudes... et que ce Liban, ou cette « ferme » comme on l’appelle ici dans la presse etc... est exploitée honteusement et uniquement pour enrichir une seule famille (frères, beaux-frères, alliés et partisans du président Béchara El-Khoury) au détriment de la pauvre population. Et les scandales de cette exploitation (ravitaillement, contrebande du hachiche, devises rares, ciment, fournitures, entreprises, farine etc...) ont été relatés dans tous les journaux et tout le monde en est informé.

 

Monsieur Charles Malek, dans un discours à l’ONU le 8 Octobre 1948, a demandé à ce que le protocole au sujet des stupéfiants soit adopté par l’Assemblée des Nations Unies, de même que par les États non membres de cette Assemblée, et de le faire également respecter en Allemagne et au Japon. M. Malek sait pertinement, que le Liban possède le monopole de la contrebande des stupéfiants, surtout du hachiche cultivé dans des propiétés appartenant à des députés... Que le Liban est le fournisseur attitré des pays arabes, surtout l’Égypte... Que cette contrebande en grand est placée sous la protection des plus hautes autorités libanaises... Que des scandales avaient éclaté en Égypte, au sujet de cette contrebande où le propre fils du Président de la République Béchara El-Khoury (Kalil El-Khoury) s’est trouvé impliqué. M. Malek sait très bien qu’on a travaillé à étouffer ces scandales en Égypte, non pas une fois, mais plusieurs fois, pour ne pas salir publiquement de hauts personnages libanais et cela pour des raisons politiques, vu l’état actuel des relations entre les pays arabes. M. Charles Malek au lieu de faire des discours au sujet des stupéfiants, devrait travailler à réformer et épurer son propre pays regardant cette délicate question.

 

Les agents diplomatiques de tous les pays au Liban sont documentés sur tout ce qui précède.

 

L’Affaire Daheshiste défraye la presse, tant locale qu’étrangère depuis plus de cinq années ; elle s’amplifie chaque jour et commence à devenir d’intérêt mondial. Des graves responsabilités pèsent sur les autorités libanaises, surtout sur le Chef de l’État Béchara El-Khoury qui a transgressé les lois et violé la Constitution à laquelle il avait prêté serment de fidélité.

 

Tout a une fin... et la justice s’accomplira !

           

Les Daheshistes sont décidés à défendre le Droit avec l’aide de Dieu et les possibilités humaines. Ils ont prouvé qu’ils ne reculent devant aucune crainte, aucune menace.

 

Ils réclament la restitution de la nationalité du Dr. Dahesh. Et remplissant un devoir qui s’impose, ils ont recours à votre Cour Suprême, la pressant d’étudier rigoureusement cette affaire qui dépasse les bornes du Liban. Votre Cour fera en ce cas œuvre de justice et d’humanité... Elle préviendra que ce conflit ne se développe davantage encore. Je vous l’affrime : « il risque un peu plus tard d’ensanglanter le Liban au même titre que la Palestine, cela si aucune suite n’est donnée de votre part à cette requête accusatrice. »

 

Il serait vain généralement de compter sur la justice terrestre.

 

Mais l’Organisation des Nations Unies défend les Droits des Nations et aussi les Individus... Gardienne de la Charte de l’Atlantique qui se base sur la Liberté Individuelle (liberté de pensée, de croyance...) elle se trouve ici dans l’obligation de restituer le Droit et de rendre la Justice.

 

J’en appelle donc à sa haute compétence, comme à la plus grande autorité mondiale représentant tous les pouvoirs, comme des justiciers suprêmes représentant sur la Terre la Justice de Dieu.

 

Prononcera-t-elle une sentence de justice ?

 

Si elle est impuissante à la rendre, il faut renoncer alors à toute justice ici-bas.

 

Marie Hadad

 

 

***

 

 

P.S. Pour que M. Charles Malek, délégué du Liban à l’O.N.U. et président de la Commission sociale, humanitaire et culturelle entende :

 

J’ai lu dans les journaux que la Commission présidée par M. Charles Malek, a adopté la rédaction du premier article du projet de Déclaration des Droits de l’Homme qui est la suivante :

 

« Tous les êtres humains sont nés libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués par la nature de raison et de conscience et ils doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

 

M. Malek, en présidant cette commission qui défend les droits sacrés de l’homme, sait très bien que dans son pays les libertés ne sont point respectées... que le Chef de l’État libanais qu’il reprèsente [Béchara El-Khoury], attente à ces libertés et viole la Constitution quand il s’agit de ses intérêts personnels, tel le cas Dahesh ! En discourant sur les Droits de l’Homme (liberté de croyance, de pensée, de fraternité, etc.), M. Malek agit en contradiction avec ce qu’il pense. S’il était loyal, il refuserait la présidence d’une telle Commission qui devrait appartenir au délégué d’un pays entièrement civilisé où ces Droits de l’Homme sont respectés.

 

Pour être sincère envers lui-même et envers les autres, il aurait dû, tout en refusant cette présidence, déclarer que sa conscience n’est point tranquille en tant que délégué du Liban ; qu’elle ne lui permet point de faire partie de cette Commission, pour la raison que le Chef de l’État Libanais – qu’il reprèsente – a commis un crime constitutionnel que les pays les plus arriérés et les plus barbares n’oseraient pas commettre aujourd’hui : il a dépouillé un libanais innocent de sa nationalité, sans jugement aucun ; il l’a fait jeter, sans passeport et en tant de guerre, sur une frontière étrangère, et cela pour des raisons de fanatisme religieux, parce que des parents à lui étaient devenus des adeptes de ce libanais !

 

M. Malek sait très bien aussi, que son protecteur Michel Chiha, mon frère, et beau-frère du Président de la République Libanaise Béchara El-Khoury, a été le premier instigateur de ce crime : et que c’est grâce à ce Michel Chiha qu’il a été nommé ministre à Washington, malgrè l’opposition d’une majorité libanaise qui connait les bas-fonds de la politique du pays.

 

Si M. Malek avait déclaré cette vérité, il aurait alors mérité de faire partie de cette Commission qui s’occupe des « Droits de l’Homme », et même de la présider. Il ne suffit pas pour faire croire en sa bonne foi et en la pureté de sa conscience, de se faire photographier et de faire publier sa photographie dans les journaux, tenant à la main le marteau de la présidence. Ceci rappelle la fable du « Singe justicier et des deux chats qui, ayant dérobé un fromage, sont venus se le faire partager par le singe. » M. Malek est dans une fausse situation que n’admet pas l’équité. Il n’est pas plus juste que le singe qui n’a pas fait œuvre de justice envers les deux chats. Ainsi M. Malek est cause que son protecteur est justement décrié et confondu.

 

Monsieur Malek est bien au courant de ce qui se passe dans ce Liban qu’il reprèsente à l’O.N.U. Et il ne doit pas en être fier. Il lit certainement la presse libanaise, et voici QUELQUES EXTRAITS de deux PRINCIPAUX JOURNAUX LIBANAIS de langue française paraissant à Beyrouth, qui rafraîchiront sa mémoire et démontreront à tous, que le Liban est arriéré et que ses gouvernants commettent des crimes contre les libertés et les « Droits de l’Homme ». (EXEMPLE FLAGRANT : LE CAS DU DR. DAHESH)

 

 

***

 

 


Extrait de la presse libanaise : 1 (Le Liban de Béchara El-Khoury est mal gouverné)

 

Du Journal « le Jour » en date du 20 Août 1948 :

 

Pratiquement le Liban est mal gouverné et mal représenté : il est mal représenté parce qu’il est mal gouverné... À qui fera-t-on croire que le Gouvernement respecte les règles du jeu parlementaire et gère les affaires publiques dans l’esprit de la Constitution ? Mais à qui fera-t-on croire aussi, qu’une coalition désordonnée et hétéroclite est qualifiée pour redresser la situation ?

 

Lorsqu’on nous voit réagir, comme nous faisons parfois, contre une certaine façon de gouverner, c’est par amour des libertés justes et d’une démocratie qui se respecte. Nous souhaitons que ce pays monte ou se maintienne au moins, au lieu de céder du terrain moralement. Il nous répugne, comme à tant de Libanais, que le pouvoir chez nous prenne parfois une allure ottomane et régressive inspirée, instinctivement, dirait-on, par les habitudes non oubliées d’un passé révolu.

 

L’idéal est, et restera pour nous, dans toute la mesure du possible, chez le citoyen libanais, malgré la disparité des éléments nationaux, un minimum de dignité et de respect de soi-même. Nous savons bien, que des années s’écouleront avant d’arriver ici à un épanouissement de la vie civique et politique. De toutes les écoles qui nous manquent, c’est celle du caractère que nous voudrions voir venir et prendre le premier rang.

 

 

 

 


Extrait de la presse libanaise : 2 (Sur M. Jamil Mikaoui, le représentant du Liban à la Conférence sur l’Information et la Presse tenue par les Nations Unies)

 

Du Journal « L’Orient » en date du 20 Avril 1948

 

M. Jamil Mikaoui, Ministre de la République Libanaise en Hélvétie, délégué du Liban à la Conférence des Nations Unies pour l’Information et la Presse, opérant ès qualité, a prononcé, l’autre jour, un beau discours sur la Liberté, en général, et les libertés dont jouissent, en particulier, les citoyens libanais. 

 

Ces paroles d’argent et d’or, nous les avons, vendredi, consignées dans ce journal pour la postérité.

 

Nous y revenons aujourd’hui.

 

Nous y reviendrons demain peut-être encore.

 

Au moment où la loi la plus monstrueuse qu’on ait jamais conçue, au Liban et ailleurs, pour étouffer la liberté de la presse, passe en discussion dans les Commissions du 25 Mai, voici ce que ses auteurs ne craignent pas de mettre dans la bouche d’un représentant officiel de l’État.

 

D’abord des paroles historiques :

 

« Les mesures arbitraires, les intimidations et tous les moyens que les tyrans ont inventés à travers les siècles, n’ont jamais pu éteindre ce flambeau de la liberté : l’expression et l’expansion de la pensée...

 

Les atteintes à la liberté sont les caractéristiques des régimes faibles...

 

Aujourd’hui, plus que jamais, vu les moyens techniques modernes et la facilité avec laquelle les opinions sont diffusées à travers le monde, l’homme a besoin de connaître la vérité, car sans cette connaissance, la paix ne saurait reposer sur des bases solides... et seule la liberté de l’information peut garantir la diffusion de la vérité. C’est pour remplir cette lourde et noble mission que la présente Conférence est réunie ; et c’est à elle qu’incombe le devoir d’assurer la liberté de l’information, pierre angulaire de toutes les libertés... »

 

Devant les délégués épatés des États-Unis d’Amérique, de Grande-Bretagne et de France, M. Jamil Mikaoui a cru devoir énumérer les libertés garanties par la Constitution Libanaise :

 

« Le Liban, Messieurs, malgré sa superficie réduite, le nombre limité de sa population, a toujours été et demeure un terrain propice à la propagation de la connaissance et de la vérité. Conformémént à l’esprit démocratique, l’article 13 de la Constitution Libanaise consacre la liberté d’information en ces termes : La liberté d’exprimer sa pensée par la parole ou par la plume, la liberté de la presse, la liberté de réunion et la liberté d’association sont garanties dans les limites fixées par la loi. »

 

Quant à l’application de ce bel article constitutionnel, M. Jamil Mikaoui n’a pas cru devoir y faire la moindre allusion. M. Jamil Mikaoui a passé, par exemple, sous silence tout ce qui a précédé et tout ce qui a suivi le 25 Mai [concernant la liberté de la presse et les législatives falsifiées qui ont octroyé à Béchara El-Khoury son second mandat présidentiel].

 

Les paroles prononcées par M. Jamil Mikaoui sur le régime de la presse au Liban appellent quelques observations.

 

M. Jamil Mikaoui a dit :

 

« La délégation qui régit actuellement la presse au Liban date de 1924 ; il est juste de signaler qu’elle met sur un même pied d’égalité les éditeurs étrangers et nationaux, assurant particulièrement aux correspondants de la presse et de l’information des autres Nations toutes les facilités pour l’accomplissement de leurs tâches dans le pays entier. »

 

(Récemment encore, le Gouvernement Libanais a envoyé devant le Parlement un nouveau projet de loi sur la presse, à l’élaboration duquel le syndicat de la presse libanaise a contribué, dans une large mesure, et qui apporte le maximum de garanties et de liberté.)

 

M. Jamil Mikaoui s’est, toutefois, bien gardé d’ajouter :

 

« QUE LA LÉGISLATION DE 1924 PRÉVOIT LA SUSPENSION ADMINISTRATIVE, ET QUE LE NOUVEAU PROJET (qui apporte le maximum de garanties et de libertés) ACCORDE AU MINISTRE DE L’INTÉRIEUR LE POUVOIR DE SUPPRIMER UN JOURNAL ET CELUI D’ENVOYER UN JOURNALISTE FINIR SES JOURS EN PRISON. »

 

M. Jamil Mikaoui – très certainement – ne croit pas un seul mot de tout ce qu’il a raconté à la Conférence de l’Information et de la Presse. Il a fait son métier de ministre et de délégué officiel. Il l’a fait sans conviction. Ses auditeurs – généralement bien renseignés par les correspondants étrangers au Liban – ont dû lui prêter une oreille encore moins convaincue. »

 

 

 

 


Extrait de la presse libanaise : 3
(Les promesses jamais tenues du Gouvernement libanais sur la liberté de la presse)

 

Du journal « Le Jour » en date du 6 Juin 1948

 

Le gouvernement, s’il procédait à un examen de conscience, reconnaîtrait qu’il est lui-même responsable du désordre intérieur et de la vague d’amoralité qui déferle sur le pays. Quand il n’aide pas au gaspillage en donnant l’exemple, il laisse faire ses créatures et ses agents qui ont mis les services publics sens dessus dessous.

 

À quoi bon citer des cas d’espèce puisque l’Administration, à peu près entière, tourne à l’envers ? Les fonctionnaires compétents et désireux de remplir correctement leur tâche sont découragés et presque ridiculisés. On est fier, non d’une besogne bien faite, mais plutôt d’une absence injustifiée ou d’un argent gagné en marge. La formalité la plus simple attendra indéfiniment à moins qu’un député n’intervienne pour s’en occuper et à la faire aboutir.

 

Aucune exuse ne peut être invoquée pour justifier une telle carence. Les maîtres du Sérail admettent eux-mêmes la necessité d’un représentement. Ils parlent de réforme et annoncent une réorganisation générale. Nous nous permettons de douter de tout. Un décret n’apportera pas de changement.

 

Ce qu’il faut modifier, ce sont les méthodes de gouvernement ; c’est la mentalité qui inspire ces actes de l’Autorité. L’opinion n’a pas tort de se montrer sceptique et de se méfier des discours et des promesses. On comprend que des protestations s’élèvent contre la manière dont sont gérées les affaires de l’État.

 

 

 

 


Extrait de la presse libanaise : 4
(La corruption au sein de notre Gouvernement cause de la débacle actuelle)

 

Du Journal « L’Orient » en date du 7 Septembre 1948

 

C’est parce qu’un emprunt de la Banque Internationale de Reconstruction est un MOINDRE MAL, que le gouvernement a demandé à cet organisme 15 millions de dollars pour financer ses grands travaux. Les 15 millions de dollars que nous demandons aujourd’hui à la B.I.R., nous les avions pourtant. Nous avions même beaucoup plus que 15 millions de dollars. Nous avons tout perdu, tout gaspillé. Le Liban a été gouverné au jour le jour. Les hommes qui sont au pouvoir, n’ont pa su – ou n’ont pas voulu – voir grand. Ils se sont obstinés dans leurs erreurs... Si le Liban avait été un champ de bataille, si nous avions été bombardés, si nos villes avaient été détruites et nos campagnes brûlées, nous aurions fait appel, sans fausse pudeur, à la Banque de Reconstruction. Epargnés par la guerre, nous avons quand même succombé. Le laisser-aller, le favoritisme et la corruption ont fait plus de mal au Liban que le « Fer et le Feu ».

 

 

 

 

 

Extrait de la presse libanaise : 5 (La main mise du Gouvernement sur les richesses du pays)

 

Du Journal « L’Orient » en date du 8 Mai 1948

 

Il est indéniable que l’administration est pourrie et qu’elle doit être reconstituée ; que le régime fiscal est désuet et qu’il doit être refendu ; que le pouvoir de certaines entreprises privées est énorme et qu’il doit être limité ; que les ressources de l’État sont exploitées par une minorité et qu’elles doivent être équitablement réparties ; que la magistrature est à la merci des sérails et qu’elle doit jouir d’une indépendance totale ; que la loi électorale a été conçue en vue de sauvegarder les privilèges des féodaux ; qu’elle n’a pas permis, jusqu’à présent, au peuple de désigner ses véritables représentants et qu’elle doit être revisée ; que les libertés publiques – et notamment la liberté de la presse – sont persécutées et que cette persécution doit cesser.

 

D’une façon plus générale, il est indéniable que le Liban n’est pas administré comme le serait normalement un État démocratique pleinement souverain et que de nouvelles méthodes de gouvernement doivent être introduites sans délai dans les sérails.

 

 

 

 

 

Extrait de la presse libanaise : 6 (Torture policière et Liberté de la presse baîllonnée)

 

Sous le titre de « Feu la Liberté »... l’Orient écrit en date du 27 Mai 1948

 

L’offensive libanaise contre les libertés a dépassé en envergure et en violence l’offensive arabe contre les sionistes.

 

En l’espace de dix jours, le gouvernement a décrété la suspension du HAYAT, du DYAR, du BEYROUTH, de l’AMAL et du BAYRAK.

 

Près de 200 arrestations ont été opérées dans tous les milieux et dans toutes les confessions.

 

La liberté de l’enseignement est menacée. À l’issue d’une conférence qu’ils ont tenue sous la présidence du Nonce Apostolique, les archevêques catholiques de Beyrouth ont élevé une protestation contre les projets restrictifs du Sérail. D’une façon plus générale, la liberté au Liban n’est plus qu’un souvenir.

 

Faut-il, à ce propos, invoquer la Constitution ?

 

La Constitution, on l’a assez dit, garantit toutes les libertés. La liberté individuelle et la liberté de conscience ; la liberté de l’enseignement et la liberté de la presse ; la liberté de réunion et la liberté d’association. Mais qui songe à respecter les dispositions constitutionnelles ? Doté d’institutions démocratiques et libérales, le Liban vit sous un régime à peu près dictatorial. Aussi, pour mettre fin au paradoxe, nous avons jugé utile de recommander à la Chambre du 25 Mai, l’abrogation pure et simple des articles 7, 8, 9, 10,12, 13,14 et 15 de la loi constitutionnelle du 23 Mai 1926. Avec la collaboration de juristes au moins aussi compétents que MM. Chebli El-Aryane et Raif Bellama, nous avons même été, afin de faciliter la tâche de ces messieurs, jusqu’à élaborer un projet de révision que la Chambre du 25 Mai pourrait voter dans les 48 heures. Ce projet nous le soumettons, pour commencer, à l’appréciation de nos lecteurs. Le voici :

 

ARTICLE Ier : Sont abrogés l’article 7 qui dit que Tous les libanais sont égaux devant la loi… L’article 8 qui dit que La liberté individuelle est garantie par la loi... Que nul ne peut être arrêté ou détenu que selon les dispositions de la loi… L’article 9 qui proclame que La liberté de conscience est absolue... L’article 10 qui garantit que L’enseignement est libre... L’article 12 qui soutient que Tous les citoyens libanais sont également admissibles à tous les emplois civils et militaires... L’article 14 qui garantit que Le domicile du citoyen est inviolable… Et l’article 15 qui prétend que La propiété est sous la protection de la loi... de la CONSTITUTION LIBANAISE.

 

ARTICLE 2 : Le prétendu article 13 de ladite Constitution – qui dit que : « La liberté d’exprimer sa pensée par la parole ou par la plume ; la liberté de la presse ; la liberté de réunion ou la liberté d’association sont garanties dans les limites fixées par la loi » – est un faux ! Il n’a jamais été ni rédigé, ni voté. En conséquent il n’y a pas lieu de l’abroger.

 

ARTICLE 3 : Le mot « LIBERTÉ » n’existe pas et n’a aucun sens. Son usage est par conséquent, naturellement, interdit.

 

 

Qu’en disent les gouvernants dictatoriaux libanais qui sont entrain de saper l’indépendance du Liban ?
Ils montrent aux étrangers une façade dorée de ce Liban, à qui s’applique aujourd’hui le proverbe arabe :

« AU DEHORS DU MARBRE... ET AU DEDANS DES ORDURES ».

 

 

 

Extrait de la presse libanaise : 7 (Dilapidation des Trésors publics et recours à la méthode de l’intimidation mafieuse par les députés)

 

Du Journal « L’Orient » en date du 21 Octobre 1948

 

Au Liban en effet... le Liban continue de se comporter en mauvais garnement. Ce n’est pas nous qui le disons, c’est M. Georges Zouain... M. Georges Zouain c’est le doyen d’âge de cette Chambre du 25 Mai (Chambre truquée des députés).

 

Son témoignage, c’est un peu la voix des aïeux ; il vaut, à ce titre, d’être retenu : « La Cour des Comptes n’a pas été créée parce qu’elle empêcherait la dilapidation de la trésorerie… Les cadres de l’État n’ont pas été fixés par une loi pour la seule raison que nous ne pourrions plus installer dans les Sérails nos partisans... Des scandales ont été signalés aux Finances, à l’Économie Nationale, et même à la Justice… A-t-on ordonné des enquêtes ?... Les députés, eux-mêmes, encouragent les assassins et les criminels… »

 

Ce glorieux bilan de M. Georges Zouain passera-t-il inaperçu ? Il y a tout lieu de le craindre. Ce n’est pas la première fois qu’un avertissement aussi sévère est adressé au Sérail. Chaque jour, des voix s’élèvent, au Liban et à l’étranger pour dénoncer les périls intérieurs auxquels nous sommes exposés. Ici même, nous n’avons cessé de dire et de répéter que l’indépendance libanaise était aujourd’hui gravement menacée du dedans.

 

Toutes ces voix ne parviennent pas encore à se faire entendre, à couvrir le bruit confus des appétits déchaînés, des rancœurs et des ricanements.

 

Ce n’est peut-être plus, du Liban, que le Liban sera sainement gouverné.

 

 

 

***

 

J’ai envoyé en Janvier 1948 une lettre ouverte à mon frère Michel Chiha, au sujet de l’Affaire Dahesh.
Voici la copie de cette lettre qui jette encore plus de lumière sur ce Crime Odieux.



Le frère de Marie Hadad, Michel Chiha, était non seulement « l’éminence grise »

du Président de la République libanaise, Béchara El-Khoury,

mais il était également un des rédacteurs de la Constitution libanaise
(rédigée en 1924 sous Henry de Jouvenel, alors Haut-Commissaire de la France en Syrie et au Liban).
En fait, Michel Chiha que Marie dénonce ici comme « le premier et dernier responsable »

de ces violations de la Constitution commises contre le Dr. Dahesh, 
est considéré par nos manuels d’histoire comme « le Père de la Constitution libanaise ».
(Note de l’éditeur de ce document)
 

 

 

 

Lettre ouverte à mon ex-frère Michel Chiha

 

 

« La brute, comme il arrive toujours, s’est attaquée à l’esprit ! » dites-vous dans votre article du « Jour » en date du 2 Février 1948, à propos de l’assassinat du Mahatma Ghandi. N’est-ce point là exactement ce que vous avez accompli dans toute cette affaire avec le Dr. Dahesh ? En l’attaquant, vous avez visé une force spirituelle dont l’avènement extraordinaire est tangible pour des milliers de personnes, terrifiait vos lourdes consciences abritées dans le secret de l’inconnu et de l’invisible.

 

Vous avez craint le nouveau leader dont la noble influence morale grandissait. Vous avez craint d’être démasqués par un homme qui ne prêtait pas son appui, maintes fois sollicité, aux combines politiques ou commerciales que vous cuisinez pour votre unique avantage au détriment de vos compatriotes.

 

Associés à un hypocrite clergé – dont le propre est de semer et d’entretenir le fanatisme religieux, de se repaître du denier du pauvre, de scandaliser – vous avez uni vos forces contre le Dr. Dahesh. Lorsque vous eûtes découvert qu’il représentait une force prodigieuse entièrement dirigée vers l’accomplissement d’une œuvre de justice et de fraternité, vous vous êtes dit : « Supprimons cet homme, il gênerait notre commerce et notre trafic. »

 

Et vous vous êtes rendu clandestinement la nuit chez M. Alfred Naccache, alors Président de la République Libanaise, le suppliant de garder le secret au sujet de cette visite, l’induisant en erreur au sujet du Dr. Dahesh, et cherchant à le convaincre de l’expulser du pays. À la suite de vos démarches réitérées et de votre insistance, il ordonna une enquête serrée où tous les témoignages prouvèrent abondamment son innocence. Il refusa donc honnêtement de se rendre à vos sollicitations, répliquant qu’il n’avait rien trouvé dans l’homme qui pût mériter tel traitement. M. Naccache, convaincu par la suite que nous étions au courant de vos démarches auprès de lui, nous les confirma lui-même.

 

Muni de la recommandation d’un ami français, vous vous êtes rendu de même à la Sûreté Française pour y demander encore l’expulsion du Dr. Dahesh. Là aussi vous l’avez bassement calomnié ; votre répugnante manœuvre fut démasquée et vous avez été éconduit. Le Directeur de la Sûreté lui-même nous communiqua ce fait.

 

Vous poursuiviez inlassablement le Dr. Dahesh.

 

Votre intention était de nous faire rompre tout contact avec lui. Et la menace, quant à sa vie, se précisait chaque jour davantage ; on nous mettait en garde de tous côtés, nous avons dédaigné ces avertissements. N’est-on pas libre de ses amitiés et de ses relations ?

 

Qui donc vous autorisait à vous mêler des nôtres ? Avons-nous jamais formulé la moindre critique au sujet de vos fréquentations plus ou moins équivoques, ainsi que de celles de votre famille ? Ceci ne nous regarde aucunement.

 

Ne pouvant rien obtenir du Président Naccache et de la Sûreté Française au Liban qui, l’un comme l’autre, se refusaient à de lâches complaisances, vous avez donc poursuivi et attaqué Dahesh avec toutes vos possibilités et le temps de votre néfaste influence. Vous avez profité de l’élection de votre beau-frère Béchra El-Khoury à la Présidence de la République Libanaise pour agir d’accord avec lui. Ne pouvant rien par le droit, vous avez alors organisé contre le Dr. Dahesh – en vous servant des miliciens Phalangistes libanaises à votre solde – plusieurs agressions, dont la dernière à la porte de sa demeure. Ne pouvant rien par le droit, vous avez, par l’abus de la force, fait jeter cet homme hors des frontières du Liban et de la Syrie [les deux pays étaient alors sous mandat français et c’est à la demande du président libanais Béchara el-Khoury que les autorités syriennes jetèrent le Docteur Dahesh hors de leurs frontières], sans jugement aucun, après les plus odieuses persécutions, après l’avoir dépouillé de sa nationalité, le vouant ainsi à une mort certaine (Lire la lettre de Dahesh à son avocat Noun), car en temps de guerre, toute personne sans nationalité (et sans carte d’identité pour le prouver) peut être tenue pour espion et court le constant danger d’être fusillée.

 

Vous avez persécuté un juste, un innocent, et nous l’avons défendu par tous les moyens en notre pouvoir.

 

Vous avez causé la mort de ma fille Magda [en la poussant au suicide] et vous en portez la terrible responsabilité. Vous avez chargé un ami assyrien, l’ordure de son pays, pour imprimer un livre qui nous attaquait par le mensonge. Et lorsque ce même ami fut condamné à la prison pour vol à notre détriment, vous avez mis à son sevice un avocat des vôtres.

 

Vous avez, par toutes sortes de moyens, essayé de convaincre des juges de me condamner à des années de prison, et cela pour des livres que j’ai publiés sous ma signature au sujet de l’Affaire Daheshiste et de la juste défense du droit et de la liberté. Tout le monde le sait [que vous êtes derrière mon emprisonnement et la mort de ma fille] et vous maudit ! C’est ainsi sans doute que vous suivez les préceptes de justice et de charité évangéliques que vous distribuez généreusement tous les matins du haut de votre tribune le « Jour » [Journal de langue française fondé et dirigé par Michel Chiha, le frère même de Marie Hadad, à qui elle adresse cette lettre].

 

Vous écrivez dans votre numéro du « Jour » en date du 10 Février 1948 à propos de nos frères syriens :

 

« L’esprit de fraternité doit gouverner la vie quotidienne. Ils doivent savoir que nous aimons l’indépendance autant qu’eux-mêmes... et que le Liban est le pays des libertés autant et plus qu’aucun autre. »

 

Voila ce qui s’appelle tromper avec des mots !

 

Moi, j’exprime tout haut ce que les autres disent ou taisent suivant leur tempérament. Vous considérez uniquement vos intérêts personnels au détriment des pauvres Libanais, [quand bien même] ils devraient mourir de détresse. Vous prônez l’indépendance, mais elle ne profite qu’à un groupe qui l’utilise au mieux de ses seuls avantages. Non, le Liban n’est pas le pays des « libertés », et j’ai acquis cette certitude en la payant de ma propre expérience, moi et combien d’autres !...

 

Comment votre main a-t-elle osé écrire ce mot « Libertés » lorsque vous-même, par votre fanatisme religieux, attaquez jusqu’à la liberté de conscience qui est respectée dans tous les pays civilisés ?! Vous avez pourtant persécuté, par tous les moyens en votre pouvoir, les Daheshistes qui abandonnaient – non pas l’Évangile de Jésus-Christ – mais une Église qui se travestit en chrétienne pour commettre les abus les plus opposés à l’Évangile et aux Livres Saints.

 

Vous jetez l’anathème sur ceux qui « persécutent l’Esprit », alors que vous savez bien que vous êtes le premier d’entre eux. Une distance infinie sépare l’acte de la parole vaine. Vos discours sont l’organe pharisien de l’hypocrisie et du mensonge ! Et de quel droit proposez-vous les exemples évangéliques, alors que vous vous comportez à l’opposé de ce que vous prêchez trop haut ? De quel droit parlez-vous de charité et de miséricorde, alors que vous ensanglantez de gaieté de cœur plusieurs familles [Marie Hadad écrit à juste raison ces mots pénibles… Sa fille Magda s’est donnée la mort pour éveiller l’opinion publique sur l’Affaire Dahesh… Nous publierons prochainement les documents concernant ce point si pénible pour nous d’y revenir, et le mot de Magda laissé sur sont lit de mort, demandant aux Libanais de prendre la défense de l’opprimé au nom de tout ce qui leur est cher et sacré…] ?

 

Lorsqu’on se pose en sage et en philosophe, on met préalablement d’accord ses actes avec ses discours. Votre conduite est celle des Pharisiens, sépulcres blanchis. Mais si la corruption est en ce cas dissimulé, elle n’en demeure pas moins réelle. Vous avez toujours travaillé sous le masque et dans l’ombre.

 

Au lieu d’inspecter les consciences humaines, examinez votre vie privée. Pourquoi ne craindriez-vous point, pour des raisons que vous connaissez bien, que n’arrive un jour que vous soyez  expulsés vous-même de votre pays, fuyant la honte, le jugement et le regard de vos compatriotes, en souvenir de l’homme juste que vous avez expulsé hier de sa maison, dépouillé de sa famille, de ses amis, de son pays ?

 

Caïn, Caïn... qu’avez-vous fait de votre frère ?... Souvenir Hallucinant...

 

Vous m’avez fait enfermer 75 jours à Asfourieh [Asile pour aliénés au Liban] parmi trente folles dans le même local. Mais j’aurais recommencé à passer par cet enfer pour la défense d’un juste tel que Dahesh persécuté par vous.

 

Et les prisons, et la promiscuité de la vermine morale et physique, et des infections malodorantes n’atteignent la dégradation de vos âmes dans votre conduite envers moi, envers nous tous Daheshistes. 

 

Vous êtes, vous, la cause première de la mort de Magda et des évènements qui se sont enchaînés à la suite de ce drame. Vous vous êtes irrémédiablement, éternellement souillés, et un nouveau crucifiement d’un nouveau Christ ne pourrait point vous laver jamais ! Un Christ ou un Gandhi vous en discourez chaque jour du haut de votre chaire en longues phrases sonores. Vous développez leur grandeur et leur humilité à tous les thèmes... mais ce sont là pour vous uniquement des sujets d’éloquence, et je ne vous vois guère parmi des intouchables, car il s’en trouve partout au Liban ; ni lavant les pieds d’un pauvre ; ni renonçant au luxe qui vous encadre à tout instant. Je ne vous vois point, car ce serait pour vous déchoir, causant avec quelques portefaix dans un quartier de pauvre ; ni saluant de votre voiture une parente mal vêtue ou humiliée par le destin, même si vous la connaissez fort bien. Dans ce cas, vous vous détournez en homme distrait par l’importance de son rôle de grotesque frère-prêcheur.

 

Sous le prétexte de défendre la morale et la moralité, vous vous octroyez le droit de diffamer un homme qui serait libre, comme tout un chacun, de se comporter comme vous le faites selon vos propres mœurs. Mais cela n’est point dans sa nature qui vous dépasse autant que le ciel dépasse la terre.

 

Vous avez été donc l’instiguateur de la campagne de presse organisée contre le Docteur Dahesh. Et le public, trop souvent crédule, fut en ce temps-là influencé par vos mensonges ; et vous faisant crédit, il admit à l’aveugle le fait d’une culpabilité quelconque. Mais ce jugement se retourne déjà contre vous ! De même, moralement, le peuple a appris à connaître la vérité sur le Docteur Dahesh que vous aviez si criminellement calomnié... Et la quantité de lettres qui nous sont adressés par des hommes éminents, parmi les plus cultivés, prouvent dans quelle haute idée ils le tiennent. C’est comme une marée montante de louanges et d’admiration.

 

L’opinion publique, maintenant informée, se retourne contre les auteurs de tant de criminelles persécutions. Les plus éloquents témoignages nous parviennent chaque jour de partout ; des voix se font entendre... et vous les entendrez (vous serez flétris !) dans le monde entier, à mesure que s’amplifie le Daheshisme, institution spirituelle s’il en fut jamais, institution internationale.

 

Mais rien n’efface les actes accomplis... on les paye simplement.

 

Et la Justice intransigeante règle sa balance, inévitablement, mathématiquement…

 

Le temps ne l’altère point. Après des jours, des mois ou des ans, qu’importe, vous rendrez compte.

 

Supprimons cet homme, avez-vous dit. Mais les conséquences de votre odieuse conduite vous poursuivront tel un mortel cauchemar ; elles hanteront vos jours autant que vos nuits oppressées... et vous crierez vainement : Grâce !...

 

                                                                                                                                                                             Marie Hadad

 

 

 

 

***

 

Note finale sur les déclarations de Fouad Ammoun dans l’Affaire du Comte Folke Bernadotte


Un autre délégué du Liban à l’O.N.U. dont les déclarations sont contredites par les actes :

 

M. Fouad Ammoun, un des délégués du Liban à l’O.N.U., a demandé à la Commission de l’Assemblée Générale à l’O.N.U. (Palais de Chaillot – Paris), que les circonstances du meurtre du Comte Folke Bernadotte [diplomate suédois mort assassiné à Jérusalem le 17 septembre 1948, alors qu’il était en mission pour les Nations Unies en Palestine : Lire pour savoir de quoi il s’agit] soient examinées, en priorité, par la Commission Politique.

 

Il a déclaré :

 

1°- Que le rapport du Comte Bernadotte a perdu toute valeur à la suite de l’assassinat du médiateur, et qui a jeté, dit-il, une nouvelle lumière sur les desseins des Sionistes...

 

 2°- M. Ammoun a convié la Commission à étudier les faits ainsi révélés...

 

3°- Il a surtout demandé à ce que tous les Juifs de Palestine soient rendus responsables de l’assassinat du médiateur.

 

Voici comment les considérations de M. Ammoun s’appliquent à lui-même, dans le même ordre, comme suit :

 

1°- Quand M. Ammoun était magistrat au Conseil d’État Libanais, il avait spontanément, après avoir étudié le dossier de l’Affaire Dahesh, rendu une décision qui démontrait que le Président de la République Libanaise avait outrepassé ses droits légaux en dépouillant un Libanais de sa nationalité. Puis, sous la menace de Henri Pharaon (parent du Président et ministre de la Justice et des Affaires Étrangères en ce temps) d’être destitué, menace renforcée en contre-partie d’une promesse d’avancement, M. Ammoun rendit une autre décision, en totale opposition avec la première, dans laquelle il approuvait l’acte illégal et inconstitutionnel du Président de la République Libanaise Béchara El-Khoury... M. Fouad Ammoun a trahi sa conscience pour des avantages matériels, et c’est là le fait d’une conscience morte qui, reposant sur le mensonge et l’hypocrisie, n’a plus aucune valeur et perd tout crédit. M. Ammoun a par la suite bénéficié d’un avancement pour prix de sa trahison : il a été nommé Directeur au Ministère des Affaires Étrangères, poste qui lui a valu d’être choisi parmi les délégués à l’O.N.U.

 

2°- Il faut donc examiner comment et sous quelle influence, le Conseil d’État a rendu une décision contre le Dr. Dahesh.

 

3°- Le Conseil d’État, les Autorités, et tous ceux qui, connaissant cette Affaire et l’ayant comprise, n’ont point protesté contre le crime commis à l’égard du Dr. Dahesh, sont responsables. Il ne suffit pas de ne pas commettre un abus. La conscience oblige tous ceux qui sont témoins de crimes et d’abus, à les dénoncer et à protester. Si tous les juifs de Palestine devaient être rendus responsables de l’assassinat du médiateur, comme M. Fouad Ammoun le demande, il est alors juste que tous les Libanais soient rendus responsables du crime commis contre le Dr. Dahesh.

 

 

*

 
Lire >> sur le même sujet une lettre de Dahesh adressée à Me Edouard Noun
  
Lire >> une sélection des œuvres de Dahesh : Mémoires d'un Dinar : Pilosophie de la guerre et défense de la Patrie

Lire >> Le Daheshisme expliqué en quelques pages (Regard sur le Daheshisme à Vol d’Oiseau)

 

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