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Lettre de Marie Hadad adressée au Secrétaire général
des Nations Unies vingt-cinq ans avant l’éclatement de la guerre civile qui a
ravagé le Liban
Monsieur le Secrétaire Général des Nations
Unies
Palais de Chaillot – Paris
Je me permets de vous adresser cette requête, m’appuyant
sur l’appel que vous avez lancé, appel reproduit dans la Presse et les agences
télégraphiques, invitant les peuples opprimés – et même les particuliers
victimes d’injustices de leurs propres gouvernements ou des hautes autorités de
leur pays, – à s’adresser directement à vous, afin que justice leur soit
rendue.
Puisque l’Organisation des Nations-Unies signifie une
Cour Suprême pour tous les pays, et même pour les particuliers comme cela a été
proclamé au monde entier, moi, Marie Hadad, libanaise,
née à Beyrouth, je viens au nom des « Daheshistes » persécutés au
Liban, exposer ce qui suit :
Un citoyen libanais, innocent de toute
accusation ou délit, est persécuté par les
autorités libanaises, influencées par le Président de
la République, Mr. Béchara El-Khoury. Ce dernier agit illégalement et de
manière tyrannique pour des motifs personnels. Il est le mari de ma sœur, et
cette funeste parenté fut cause des faits suivants.
Il y a six ans environ, nous avons connu, mon mari et
moi, le Docteur Dahesh. Par sa vie, ses principes et ses œuvres, il a forcé
notre admiration. Mon mari et moi n’étions certes pas les premiers de ses
nombreux adeptes ; mais notre conviction – basée sur la connaissance de sa
personnalité et l’expérience d’une longue fréquentation – fut inébranlable. Le
Docteur Dahesh, chef d’une doctrine religieuse établie sur les livres saints, (prêchant l’unité essentielle des religions) vise à
l’universelle fraternité. Il entreprend la réalisation d’une œuvre de vérité et
de justice. Son domaine – une renaissance évangélique – est celui de la raison et de l’esprit des prophètes. Il attaque
tous ceux qui font de la religion un métier pour aboutir à des fins
personnelles. Il attaque les abus, l’hypocrisie et le mensonge. Il est de plus
un écrivain dont se ferait gloire la plus grande des nations. Autour de lui se
groupent des adeptes de toutes les religions et de toutes les nationalités, formant une élite intellectuelle unie au service de
l’Humanité : médecins, écrivains, avocats, hommes d’affaires et
autres.
Le fait de notre adhésion à la doctrine du Docteur Dahesh
contraria vivement le Clergé catholique, dont nous dépendions jusqu’alors, car
son but est d’entretenir le fanatisme religieux au Liban en sauvegardant son
influence et ses profits. Il contraria aussi vivement notre famille attachée à
ce Clergé depuis la nuit des temps. De plus, le Docteur Dahesh est un démocrate
né... et le Président de la République Libanaise – Béchara El-Khoury – sa femme
Laure (qui est ma sœur comme je l’ai dit), et Michel Chiha du journal « Le
Jour » de Beyrouth, qui est mon frère, pensaient que leur stupide snobisme
et leur prétendue aristrocratie seraient atteints par notre adhésion au
daheshisme. Non seulement ils se sentaient rabaissés par une telle figure, mais
ils avaient peur des répercussions négatives sur l’opinion publique suite à
notre fréquentation avec un homme aussi influent et
qui prêche l’unité des religions dans un pays
qui en a tant besoin, la lutte contre le fanatisme, enfin toutes ces force
négatives sur lesquelles repose actuellement notre système politique
confessionel. Ils se sont dits :
« Débarrassons-nous de cet homme, il gênerait nos plans, car sa force et
ses arguments sont extraordinaires. »
Donc, sur l’instigation de mon
frère Michel Chiha, un fat prétentieux imbu de jésuitisme (alors qu’il fut lui-même un des rédacteurs de notre
Constitution élaborée sous Henry de Jouvenel),
un plan fut établi d’accord avec le Président de la République Libanaise,
Béchara El-Khoury, et son ministre de la Justice d’alors, Habib
Abi-Chahla. Sur leurs ordres, la Sûreté Générale, aux trousses du Docteur
Dahesh, chercha vainement à dépister quelque fissure dans sa vie par où
l’attaquer en justice. Des faux témoins furent corrompus pour l’accuser d’
« offenses aux mœurs ». Aucune preuve ne pouvant être établie pour
appuyer leurs allégations, et ne pouvant rien contre lui par le droit... un
complot fut tramé pour attenter à la vie du Docteur Dahesh.
Le 28 Août 1944, à 8 heures
du matin, une bande de Phalangistes libanais, tous gens de métier payés,
attaquèrent le Docteur Dahesh devant la porte même de sa demeure sous les
regards bienveillants de la police (qui cernait
la maison depuis le matin). Mais la Providence le sauva d’une mort
certaine.
Non seulement les agresseurs ne furent nullement
inquiétés, mais ce fut le Docteur Dahesh qui fut arrêté, puis, par le droit
abusif de la force, le Président de la République libanaise Béchara
El-Khoury, violant la Constitution comme personne ne l’a fait jusqu’à
présent (car quel crime abominable que de dépouiller un citoyen de sa
nationalité), le déposséda de sa nationalité par un simple arrêté
dictatorial, sans que cet arrêté fut sanctionné par une loi votée par la
Chambre des Députés. Le Docteur Dahesh fut emprisonné sans droit de contact
avec son avocat, ignominieusement traité (comme on le voit dans les documents
que je vous joins dans ma lettre), et sans jugement aucun, jeté sur les
frontières turques sans aucun papier d’identité ni un sou en poche, alors que
la Deuxième Guerre mondiale battait son plein.
En ce temps-là, M. Riad Bey El-Solh, l’actuel chef
de la délégation libanaise à l’ONU, était aussi chef du Gouvernement. Et
complaisamment, il s’est soumis à la volonté du président et a approuvé cet
arrêté... Il est étonnant, que Riad Bey El-Solh qui avait été lui-même
persécuté, exilé et condamné à mort à mort pour des idées de liberté dont il se
fait aujourd’hui le champion, ait trempé dans cette injustice qui attaque dans
ses bases la liberté individuelle, et qu’il ne cherche point à la réparer.
Donc, sans jugement, d’une manière despotique et
arbitraire, contrairement à toutes les lois existantes, un libanais est
dépouillé de sa nationalité et, sans autre forme de procès que la volonté du
Chef de l’État, est jeté hors du pays... Il est jeté en temps de guerre,
sur une frontière étrangère, sans la possibilté de se déclarer citoyen d’aucun
pays quelque part sous le ciel... En territoire étranger, et en temps de
guerre, on a le devoir et le droit de le considérer comme un espion. Il est
constamment exposé à être fusillé comme tel... ou pour le moins, emprisonné et
balloté d’une frontière à l’autre. Il se trouve dans une situation sans
issue et doit errer à l’aventure, exposé à tous les dangers, se cachant
au petit bonheur la chance jusqu’à l’heure où son propre pays, par le fait d’un
changement de gouvernement, lui restituera sa nationalité.
Voilà déjà plus de quatre ans que ce crime fut accompli
et que le Docteur Dahesh erre apatride, de frontière en frontière, sans
droit de rentrer au pays.
Nous n’avons cessé, nous les daheshistes, d’élever nos
protestations contre la plus criante injustice qu’on puisse enregistrer.
Ma consceince m’imposait le devoir de la défense et me contraignait d’agir comme
autrefois Émile Zola dans l’affaire Dreyfus. Les paroles furent
inutiles ; j’ai donc publié un très grand nombre
de « livres noirs » qui furent distribués partout au Liban, en
Europe, en Amérique, ainsi qu’au corps diplomatique de Beyrouth, pour
que le monde apprenne la vérité sur ce crime inique
commis au Liban au vingtième siècle.
La publication de ces « livres noirs » bouleversa les personnes responsables du crime.
Et pour en atténuer l’effet devant le public, ils
ont cherché à lui faire croire que je n’avais pas l’esprit normal. Mais
là un scandale éclata, et à leur totale confusion, un rapport des médecins les
obligea à me libérer. Cet acte honteux aura dans l’avenir de très graves
conséquences pour ses auteurs.
Je fus emprisonnée en effet à deux reprises ainsi que
plusieurs partisans du Docteur Dahesh sur les ordres du Président de la
République libanaise Béchara El-Khoury, mari de ma sœur, et cela pour ma
persévérance à défendre un homme juste et innocent... Une femme de ma
situation emprisonnée dans ce pays par sa propre famille pour une idée de
justice parce qu’elle défend la cause d’un innocent contre le despotisme le
plus illégal qui fut jamais, cela ne s’est point encore vu jusqu’ici, et
l’indignation était universelle. Je suis demeurée sereine et j’ai continué
à écrire et à protester. Les grands mouvements spirituels ont toujours
victorieusement traversé des phases de persécutions et de prisons... Il en
serait de même pour nous !
Dans ce petit Liban considéré comme un pays
démocrate, nouvellement promu à l’indépendance et qui se flatte de
faire partie des Nations-Unies, le Chef de l’État Béchara El-Khoury agit en
dictateur. Fonctionnaires et magistrats obéissent aveuglèment à ses désirs
par crainte d’être destitués. Un tel crime dans un autre pays plus évolué que
le nôtre aurait provoqué la chute du Gouvernement et du Chef de l’État ;
ses auteurs auraient passé en jugement !
Jamais, et sous aucun régime, le Liban n’a connu une
telle anarchie intérieure, et quand les journaux portent à la connaissance du
public les scandales de ce régime, ils sont suspendus arbitrairement. Les consciences au Liban s’achètent par l’autorité et
se paralysent par la force.
Un peuple qui a permis au gouvernement de Riad Bey
El-Solh et au Président de la République libanaise Béchara El-Khoury de fausser les élections du 25 Mai 1947, ne mérite point de se présenter comme champion
international de la liberté. Comme tout le monde le sait, et comme la presse
l’a publié, ces élections ont été cyniquement truquées pour obtenir une
majorité de députés soumise au Président de la République et renouveler son
élection. Ils l’ont donc renouvelée, chose inouïe,
plus d’un an avant l’expiration du premier mandat. Et d’ici un an,
automatiquement, le Président de la République Libanaise sera confirmé dans ses
fonctions pour une nouvelle période. Mais cette
élection est illégale, car cette chambre de députés est considérée par la masse
des libanais comme illégale.
Un chef d’une doctrine religieuse en la
personne du Dr. Dahesh est ignominieusement persécuté. Ses plus proches adeptes sont les victimes d’individus qui attaquent la
liberté individuelle dans ses fondements les plus sacrés... et cela dans un
pays à qui les grandes puissances ont octroyé l’indépendance croyant qu’il a
atteint le niveau d’une civilisation méritant cette indépendance. Tant que le Liban qui compte environ un million d’habitants
appartenant à une vingtaine de religions et communautés différentes, est régi
sur une base confessionnelle qui alimente un fanatisme religieux aigu... il ne
peut prétendre à atteindre une civilisation pareille à celle d’autres
pays ; en fait de civilisation il n’en a que la façade.
Il ne suffit pas aux délégués du Liban de parler de
liberté et de la proclamer dans leurs discours à l’ONU et ailleurs. Il s’agit
de ne pas attenter à cette liberté et « aux Droits sacrés de
l’Homme ». Je m’étonne que M. Charles Malek, président du conseil
économique et social à l’ONU, se soit permis à Genève, et se permette encore
aujourd’hui de parler à l’ONU des « Droits de l’Homme » et de la
Liberté de penser et d’écrire... quand il sait bien pourtant que le Liban est
asservi à toutes les servitudes... et que ce Liban, ou cette
« ferme » comme on l’appelle ici dans la presse etc... est exploitée
honteusement et uniquement pour enrichir une seule famille (frères,
beaux-frères, alliés et partisans du président Béchara El-Khoury) au
détriment de la pauvre population. Et les scandales de cette exploitation
(ravitaillement, contrebande du hachiche, devises rares, ciment, fournitures,
entreprises, farine etc...) ont été relatés dans tous les journaux et tout le
monde en est informé.
Monsieur Charles Malek, dans un discours à l’ONU le
8 Octobre 1948, a demandé à ce que le
protocole au sujet des stupéfiants soit adopté par l’Assemblée des Nations
Unies, de même que par les États non membres de cette Assemblée, et de le faire
également respecter en Allemagne et au Japon. M. Malek
sait pertinement, que le Liban possède le monopole de la contrebande des
stupéfiants, surtout du hachiche cultivé dans des propiétés appartenant à des
députés... Que le Liban est le fournisseur attitré des pays arabes,
surtout l’Égypte... Que cette contrebande en grand est
placée sous la protection des plus hautes autorités libanaises... Que
des scandales avaient éclaté en Égypte, au sujet de cette contrebande où le
propre fils du Président de la République Béchara El-Khoury (Kalil El-Khoury) s’est trouvé impliqué. M. Malek
sait très bien qu’on a travaillé à étouffer ces scandales en Égypte, non pas
une fois, mais plusieurs fois, pour ne pas salir publiquement de hauts
personnages libanais et cela pour des raisons politiques, vu l’état actuel des
relations entre les pays arabes. M. Charles Malek au lieu de faire des
discours au sujet des stupéfiants, devrait travailler à réformer et épurer son
propre pays regardant cette délicate question.
Les agents diplomatiques de tous les pays au Liban sont
documentés sur tout ce qui précède.
L’affaire daheshiste défraye la presse, tant locale
qu’étrangère depuis plus de cinq années ; elle s’amplifie chaque jour et commence à devenir d’intérêt
mondial. Des graves responsabilités pèsent sur les autorités libanaises,
surtout sur le Chef de l’État Béchara El-Khoury qui a transgressé les lois
et violé la Constitution à laquelle il avait prêté serment de fidélité.
Tout a une fin... et la justice s’accomplira !
Les Daheshistes sont décidés à défendre le Droit
avec l’aide de Dieu et les possibilités humaines. Ils ont prouvé qu’ils ne
reculent devant aucune crainte, aucune menace.
Ils réclament la restitution de la nationalité
du Dr. Dahesh. Et remplissant un devoir qui
s’impose, ils ont recours à votre Cour Suprême, la pressant d’étudier
rigoureusement cette affaire qui dépasse les bornes du Liban. Votre Cour fera
en ce cas œuvre de justice et d’humanité... Elle préviendra que ce conflit ne
se développe davantage encore. Je vous l’affrime : « il risque un peu plus tard d’ensanglanter le Liban au même titre
que la Palestine, cela si aucune suite n’est donnée de votre part à cette
requête accusatrice. »
Il serait vain généralement de compter sur la justice
terrestre.
Mais l’Organisation des Nations Unies défend les Droits
des Nations et aussi les Individus... Gardienne de la Charte de
l’Atlantique qui se base sur la Liberté Individuelle (liberté de pensée, de
croyance...) elle se trouve ici dans l’obligation de restituer le Droit et de
rendre la Justice.
J’en appelle donc à sa haute compétence, comme à la plus
grande autorité mondiale représentant tous les pouvoirs, comme des justiciers
suprêmes représentant sur la Terre la Justice de Dieu.
Prononcera-t-elle une sentence de justice ?
Si elle est impuissante à la rendre, il faut renoncer
alors à toute justice ici-bas.
Marie Hadad
***
P.S. Pour que M. Charles Malek, délégué du
Liban à l’O.N.U. et président de la Commission sociale, humanitaire et
culturelle entende :
J’ai lu dans les journaux que la
Commission présidée par M. Charles Malek, a adopté la rédaction du premier
article du projet de Déclaration des Droits de l’Homme qui est la
suivante :
« Tous les êtres humains sont nés libres et égaux en
dignité et en droits. Ils sont doués par la nature de raison et de conscience
et ils doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de
fraternité. »
M. Malek, en présidant
cette commission qui défend les droits sacrés de l’homme, sait très bien que
dans son pays les libertés ne sont point respectées... que le Chef de
l’État libanais qu’il reprèsente [Béchara
El-Khoury], attente à ces libertés et viole la Constitution quand il
s’agit de ses intérêts personnels, tel le cas
Dahesh ! En discourant sur les Droits de l’Homme (liberté de
croyance, de pensée, de fraternité, etc.), M. Malek
agit en contradiction avec ce qu’il pense. S’il
était loyal, il refuserait la présidence d’une telle Commission qui devrait appartenir au délégué d’un pays entièrement
civilisé où ces Droits de l’Homme sont respectés.
Pour être sincère envers lui-même et envers les autres,
il aurait dû, tout en refusant cette présidence, déclarer que sa conscience
n’est point tranquille en tant que délégué du Liban ; qu’elle ne lui
permet point de faire partie de cette Commission, pour la raison que le Chef
de l’État Libanais – qu’il reprèsente – a commis un crime constitutionnel que
les pays les plus arriérés et les plus barbares n’oseraient pas commettre
aujourd’hui : il a dépouillé un libanais
innocent de sa nationalité, sans jugement aucun ; il l’a fait jeter, sans
passeport et en tant de guerre, sur une frontière étrangère, et cela pour des
raisons de fanatisme religieux, parce que des parents à lui étaient devenus des
adeptes de ce libanais !
M. Malek sait très bien aussi, que son protecteur
Michel Chiha, mon frère, et beau-frère du Président de la République
Libanaise Béchara El-Khoury, a été le premier
instigateur de ce crime : et que c’est grâce à ce Michel Chiha
qu’il a été nommé ministre à Washington, malgrè l’opposition d’une majorité
libanaise qui connait les bas-fonds de la politique du pays.
Si M. Malek avait déclaré cette vérité, il aurait alors
mérité de faire partie de cette Commission qui s’occupe des « Droits de
l’Homme », et même de la présider. Il ne suffit pas pour faire croire en sa bonne
foi et en la pureté de sa conscience, de se faire photographier et de faire
publier sa photographie dans les journaux, tenant à la main le marteau de la
présidence. Ceci rappelle la fable du « Singe justicier et des deux
chats qui, ayant dérobé un fromage, sont venus se le faire partager par le
singe. » M. Malek est dans une fausse situation que n’admet pas l’équité.
Il n’est pas plus juste que le singe qui n’a pas fait œuvre de justice envers
les deux chats. Ainsi M. Malek est cause que son protecteur est justement
décrié et confondu.
Monsieur Malek est bien au courant de ce qui se passe
dans ce Liban qu’il reprèsente à l’O.N.U. Et il ne doit pas en être fier. Il lit
certainement la presse libanaise, et voici QUELQUES EXTRAITS de deux PRINCIPAUX
JOURNAUX LIBANAIS de langue française paraissant à Beyrouth, qui
rafraîchiront sa mémoire et démontreront à tous, que le Liban est arriéré
et que ses gouvernants commettent des crimes contre les libertés et les
« Droits de l’Homme ». (EXEMPLE FLAGRANT : LE CAS DU
DR. DAHESH)
***
Extrait de la presse libanaise :
1 (Le Liban de Béchara El-Khoury est mal
gouverné)
Du
Journal « le Jour » en date du 20 Août 1948 :
Pratiquement le Liban
est mal gouverné et mal représenté : il est mal représenté parce qu’il est
mal gouverné... À qui fera-t-on croire que le Gouvernement respecte
les règles du jeu parlementaire et gère les affaires publiques dans l’esprit de
la Constitution ? Mais à qui fera-t-on croire aussi, qu’une
coalition désordonnée et hétéroclite est qualifiée pour redresser la
situation ?
Lorsqu’on nous voit réagir,
comme nous faisons parfois, contre une certaine façon de gouverner, c’est par
amour des libertés justes et d’une démocratie qui se respecte. Nous souhaitons que ce pays monte ou se maintienne au
moins, au lieu de céder du terrain moralement. Il nous répugne, comme à tant
de Libanais, que le pouvoir chez nous prenne parfois une allure ottomane et
régressive inspirée, instinctivement, dirait-on, par les habitudes non oubliées
d’un passé révolu.
L’idéal est, et restera pour nous, dans toute la mesure
du possible, chez le citoyen libanais, malgré la disparité des éléments
nationaux, un minimum de dignité et de respect de soi-même. Nous savons bien,
que des années s’écouleront avant d’arriver ici à un épanouissement de la vie
civique et politique. De toutes les écoles qui nous manquent, c’est celle du
caractère que nous voudrions voir venir et prendre le premier rang.
Extrait de la presse
libanaise : 2 (Sur
M. Jamil Mikaoui, le représentant du Liban à la Conférence sur l’Information et
la Presse tenue par les Nations Unies)
Du
Journal « L’Orient » en date du 20 Avril 1948
M. Jamil Mikaoui, Ministre de la République Libanaise en Hélvétie, délégué
du Liban à la Conférence des Nations Unies pour l’Information et la Presse,
opérant ès qualité, a prononcé, l’autre jour, un beau discours sur la
Liberté, en général, et les libertés dont jouissent, en particulier, les
citoyens libanais.
Ces paroles d’argent et d’or,
nous les avons, vendredi, consignées dans ce journal pour la postérité.
Nous y revenons aujourd’hui.
Nous y reviendrons demain
peut-être encore.
Au moment où la
loi la plus monstrueuse qu’on ait jamais conçue, au Liban et ailleurs, pour
étouffer la liberté de la presse, passe en discussion dans les Commissions
du 25 Mai, voici ce que ses auteurs ne craignent pas de mettre
dans la bouche d’un représentant officiel de l’État.
D’abord des paroles
historiques :
« Les mesures arbitraires,
les intimidations et tous les moyens que les tyrans ont inventés à travers les
siècles, n’ont jamais pu éteindre ce flambeau de la liberté : l’expression
et l’expansion de la pensée...
Les atteintes à la liberté sont
les caractéristiques des régimes faibles...
Aujourd’hui, plus que jamais,
vu les moyens techniques modernes et la facilité avec laquelle les opinions
sont diffusées à travers le monde, l’homme a besoin de connaître la vérité, car
sans cette connaissance, la paix ne saurait reposer sur des bases
solides... et seule la liberté de l’information peut garantir la diffusion
de la vérité. C’est pour remplir cette lourde et noble mission que la
présente Conférence est réunie ; et c’est à elle qu’incombe le devoir
d’assurer la liberté de l’information, pierre angulaire de toutes les
libertés... »
Devant les délégués épatés des
États-Unis d’Amérique, de Grande-Bretagne et de France, M. Jamil Mikaoui a cru
devoir énumérer les libertés garanties par la Constitution Libanaise :
« Le Liban, Messieurs,
malgré sa superficie réduite, le nombre limité de sa population, a
toujours été et demeure un terrain propice à la propagation de la connaissance
et de la vérité. Conformémént à l’esprit démocratique, l’article 13 de la Constitution
Libanaise consacre la liberté d’information en ces termes : La
liberté d’exprimer sa pensée par la parole ou par la plume, la liberté de la
presse, la liberté de réunion et la liberté d’association sont garanties dans
les limites fixées par la loi. »
Quant à l’application de ce bel
article constitutionnel, M. Jamil Mikaoui n’a pas cru devoir y faire la
moindre allusion. M. Jamil Mikaoui a passé, par exemple, sous silence tout ce
qui a précédé et tout ce qui a suivi le 25 Mai [concernant
la liberté de la presse et les législatives falsifiées qui ont octroyé à
Béchara El-Khoury son second mandat présidentiel].
Les paroles prononcées par M.
Jamil Mikaoui sur le régime de la presse au Liban appellent quelques
observations.
M. Jamil Mikaoui a dit :
« La délégation qui régit
actuellement la presse au Liban date de 1924 ; il est juste de signaler
qu’elle met sur un même pied d’égalité les éditeurs étrangers et
nationaux, assurant particulièrement aux correspondants de la presse et de l’information
des autres Nations toutes les facilités pour l’accomplissement de leurs tâches
dans le pays entier. »
(Récemment encore, le
Gouvernement Libanais a envoyé devant le Parlement un nouveau projet de loi sur
la presse, à l’élaboration duquel le syndicat de la presse libanaise a
contribué, dans une large mesure, et qui apporte le maximum de garanties et de
liberté.)
M. Jamil Mikaoui s’est,
toutefois, bien gardé d’ajouter :
« QUE LA LÉGISLATION DE
1924 PRÉVOIT LA SUSPENSION ADMINISTRATIVE, ET QUE LE NOUVEAU PROJET (qui
apporte le maximum de garanties et de libertés) ACCORDE AU MINISTRE DE
L’INTÉRIEUR LE POUVOIR DE SUPPRIMER UN JOURNAL ET CELUI D’ENVOYER UN
JOURNALISTE FINIR SES JOURS EN PRISON. »
M. Jamil Mikaoui – très
certainement – ne croit pas un seul mot de tout ce qu’il a raconté à la
Conférence de l’Information et de la Presse. Il a fait son métier de ministre
et de délégué officiel. Il l’a fait sans conviction. Ses auditeurs –
généralement bien renseignés par les correspondants étrangers au Liban – ont dû
lui prêter une oreille encore moins convaincue. »
Extrait de la presse libanaise : 3 (Les promesses jamais tenues du Gouvernement libanais sur
la liberté de la presse)
Du
journal « Le Jour » en date du 6 Juin 1948
Le gouvernement, s’il procédait
à un examen de conscience, reconnaîtrait qu’il est lui-même responsable du
désordre intérieur et de la vague d’amoralité qui déferle sur le pays. Quand il
n’aide pas au gaspillage en donnant l’exemple, il laisse faire ses créatures et
ses agents qui ont mis les services publics sens dessus dessous.
À quoi bon citer des cas
d’espèce puisque l’Administration, à peu près entière, tourne à l’envers ?
Les fonctionnaires compétents et désireux de remplir correctement leur
tâche sont découragés et presque ridiculisés. On est fier, non d’une besogne
bien faite, mais plutôt d’une absence injustifiée ou d’un argent gagné en
marge. La formalité la plus simple attendra indéfiniment à moins qu’un député
n’intervienne pour s’en occuper et à la faire aboutir.
Aucune exuse ne peut être
invoquée pour justifier une telle carence. Les maîtres du Sérail admettent
eux-mêmes la necessité d’un représentement. Ils parlent de réforme et annoncent
une réorganisation générale. Nous nous permettons de douter de tout. Un décret
n’apportera pas de changement.
Ce qu’il faut modifier, ce sont
les méthodes de gouvernement ; c’est la mentalité qui inspire ces actes de
l’Autorité. L’opinion n’a pas tort de se montrer sceptique et de se méfier des
discours et des promesses. On comprend que des protestations s’élèvent contre
la manière dont sont gérées les affaires de l’État.
Extrait de la presse libanaise : 4 (La corruption au sein de notre Gouvernement cause de la
débacle actuelle)
Du
Journal « L’Orient » en date du 7 Septembre 1948
C’est parce qu’un emprunt de la
Banque Internationale de Reconstruction est un MOINDRE MAL, que le gouvernement
a demandé à cet organisme 15 millions de dollars pour financer ses grands
travaux. Les 15 millions de dollars que nous demandons aujourd’hui à la B.I.R.,
nous les avions pourtant. Nous avions même beaucoup plus que 15 millions de
dollars. Nous avons tout perdu, tout gaspillé. Le Liban a été gouverné au jour
le jour. Les hommes qui sont au pouvoir, n’ont pa su – ou n’ont pas voulu –
voir grand. Ils se sont obstinés dans leurs erreurs... Si le Liban avait été un
champ de bataille, si nous avions été bombardés, si nos villes avaient été
détruites et nos campagnes brûlées, nous aurions fait appel, sans fausse
pudeur, à la Banque de Reconstruction. Epargnés par la guerre, nous avons quand
même succombé. Le laisser-aller, le favoritisme et la corruption ont fait
plus de mal au Liban que le « Fer et le Feu ».
Extrait de la presse libanaise : 5 (La main mise du Gouvernement sur les
richesses du pays)
Du
Journal « L’Orient » en date du 8 Mai 1948
Il est indéniable que
l’administration est pourrie et qu’elle doit être reconstituée ; que le
régime fiscal est désuet et qu’il doit être refendu ; que le pouvoir de
certaines entreprises privées est énorme et qu’il doit être limité ; que
les ressources de l’État sont exploitées par une minorité et qu’elles doivent
être équitablement réparties ; que la magistrature est à la merci des sérails
et qu’elle doit jouir d’une indépendance totale ; que la loi électorale a
été conçue en vue de sauvegarder les privilèges des féodaux ; qu’elle n’a
pas permis, jusqu’à présent, au peuple de désigner ses véritables représentants
et qu’elle doit être revisée ; que les libertés publiques – et notamment
la liberté de la presse – sont persécutées et que cette persécution doit
cesser.
D’une façon plus générale, il
est indéniable que le Liban n’est pas administré comme le serait normalement un
État démocratique pleinement souverain et que de nouvelles méthodes de
gouvernement doivent être introduites sans délai dans les sérails.
Extrait de la
presse libanaise : 6 (Torture
policière et Liberté de la presse baîllonnée)
Sous le titre de « Feu la Liberté »... l’Orient écrit en date du
27 Mai 1948
L’offensive
libanaise contre les libertés a dépassé en envergure et en violence l’offensive
arabe contre les sionistes.
En l’espace de dix
jours, le gouvernement a décrété la suspension du HAYAT, du DYAR, du
BEYROUTH, de l’AMAL et du BAYRAK.
Près de 200
arrestations ont été opérées dans tous les milieux et dans toutes les
confessions.
La liberté de
l’enseignement est menacée. À l’issue d’une conférence qu’ils ont tenue sous la
présidence du Nonce Apostolique, les archevêques catholiques de Beyrouth ont
élevé une protestation contre les projets restrictifs du Sérail. D’une façon
plus générale, la liberté au Liban n’est plus qu’un souvenir.
Faut-il, à ce
propos, invoquer la Constitution ?
La Constitution, on
l’a assez dit, garantit toutes les libertés. La liberté individuelle et la
liberté de conscience ; la liberté de l’enseignement et la liberté de la
presse ; la liberté de réunion et la liberté d’association. Mais qui songe
à respecter les dispositions constitutionnelles ? Doté d’institutions démocratiques et libérales, le Liban vit sous un
régime à peu près dictatorial. Aussi, pour mettre fin au paradoxe, nous
avons jugé utile de recommander à la Chambre du 25 Mai, l’abrogation pure et
simple des articles 7, 8, 9, 10,12, 13,14 et 15 de la loi constitutionnelle du
23 Mai 1926. Avec la collaboration de juristes au moins aussi compétents que
MM. Chebli El-Aryane et Raif Bellama, nous avons même été, afin de faciliter la
tâche de ces messieurs, jusqu’à élaborer un projet de révision que la Chambre
du 25 Mai pourrait voter dans les 48 heures. Ce projet nous le soumettons, pour
commencer, à l’appréciation de nos lecteurs. Le voici :
ARTICLE Ier : Sont
abrogés l’article
7 qui dit que Tous les libanais sont égaux devant
la loi… L’article 8 qui dit que La liberté individuelle est garantie par la
loi... Que nul ne peut être arrêté ou détenu que selon les dispositions de la
loi… L’article 9 qui proclame que La liberté de conscience est absolue... L’article 10 qui
garantit que L’enseignement est
libre... L’article 12 qui soutient que Tous les citoyens libanais sont également
admissibles à tous les emplois civils et militaires... L’article 14 qui
garantit que Le domicile du
citoyen est inviolable… Et l’article 15 qui
prétend que La propiété est
sous la protection de la loi... de la CONSTITUTION LIBANAISE.
ARTICLE 2 : Le prétendu article 13 de
ladite Constitution – qui dit que : « La
liberté d’exprimer sa pensée par la parole ou par la plume ; la liberté de
la presse ; la liberté de réunion ou la liberté d’association sont
garanties dans les limites fixées par la loi » – est un faux ! Il n’a jamais été ni
rédigé, ni voté. En conséquent il n’y a pas lieu de l’abroger.
ARTICLE 3 : Le mot
« LIBERTÉ » n’existe pas et n’a aucun sens. Son usage est par
conséquent, naturellement, interdit.
Qu’en
disent les gouvernants dictatoriaux libanais qui sont entrain de saper
l’indépendance du Liban ?
Ils
montrent aux étrangers une façade dorée de ce Liban, à qui s’applique
aujourd’hui le proverbe arabe :
« AU
DEHORS DU MARBRE... ET AU DEDANS DES ORDURES ».
Extrait de la
presse libanaise : 7 (Dilapidation
des Trésors publics et recours à la méthode de l’intimidation mafieuse par les
députés)
Du Journal « L’Orient » en date du 21 Octobre 1948
Au Liban en
effet... le Liban continue de se comporter en mauvais garnement. Ce n’est pas
nous qui le disons, c’est M. Georges Zouain... M. Georges Zouain c’est le doyen
d’âge de cette Chambre du 25 Mai (Chambre truquée des députés).
Son témoignage,
c’est un peu la voix des aïeux ; il vaut, à ce titre, d’être retenu :
« La Cour des Comptes n’a pas été créée parce qu’elle empêcherait la
dilapidation de la trésorerie… Les cadres de l’État n’ont pas été fixés par une
loi pour la seule raison que nous ne pourrions plus installer dans les Sérails
nos partisans... Des scandales ont été signalés aux Finances, à l’Économie
Nationale, et même à la Justice… A-t-on ordonné des enquêtes ?... Les députés,
eux-mêmes, encouragent les assassins et les criminels… »
Ce glorieux bilan
de M. Georges Zouain passera-t-il inaperçu ? Il y a tout lieu de le craindre.
Ce n’est pas la première fois qu’un avertissement aussi sévère est adressé au
Sérail. Chaque jour, des voix s’élèvent, au Liban et à l’étranger pour dénoncer
les périls intérieurs auxquels nous sommes exposés. Ici même, nous n’avons
cessé de dire et de répéter que l’indépendance libanaise était aujourd’hui
gravement menacée du dedans.
Toutes ces voix ne
parviennent pas encore à se faire entendre, à couvrir le bruit confus des
appétits déchaînés, des rancœurs et des ricanements.
Ce n’est peut-être
plus, du Liban, que le Liban sera sainement gouverné.
***
J’ai envoyé en Janvier 1948 une lettre
ouverte à mon frère Michel Chiha, au sujet de l’Affaire Dahesh.
Voici la copie de cette lettre qui jette encore plus de lumière sur ce Crime
Odieux.
Le frère de Marie
Hadad, Michel Chiha, était non seulement « l’éminence grise »
du Président de la République libanaise, Béchara El-Khoury,
mais il était également un des rédacteurs de la Constitution libanaise
(rédigée en 1924 sous Henry de Jouvenel, alors Haut-Commissaire de la France en
Syrie et au Liban).
En fait, Michel Chiha que Marie dénonce ici comme « le premier et dernier
responsable »
de ces violations de la Constitution commises contre le Dr.
Dahesh,
est considéré par nos manuels d’histoire comme « le Père de la
Constitution libanaise ». (Note de l’éditeur de ce document)
Lettre ouverte à mon ex-frère Michel Chiha
« La brute, comme il
arrive toujours, s’est attaquée à l’esprit ! » dites-vous dans votre article du « Jour » en
date du 2 Février 1948, à propos de l’assassinat du Mahatma Ghandi. N’est-ce
point là exactement ce que vous avez accompli dans toute cette affaire avec le
Dr. Dahesh ? En l’attaquant, vous avez visé une force spirituelle dont
l’avènement extraordinaire est tangible pour des milliers de personnes,
terrifiait vos lourdes consciences abritées dans le secret de l’inconnu et de
l’invisible.
Vous avez craint le
nouveau leader dont la noble influence morale grandissait. Vous avez craint
d’être démasqués par un homme qui ne prêtait pas son appui, maintes fois
sollicité, aux combines politiques ou commerciales que vous cuisinez pour votre
unique avantage au détriment de vos compatriotes.
Associés à un hypocrite clergé – dont le propre est de
semer et d’entretenir le fanatisme religieux, de se repaître du denier du pauvre, de scandaliser – vous avez uni vos
forces contre le Dr. Dahesh. Lorsque vous eûtes découvert qu’il
représentait une force prodigieuse entièrement dirigée vers l’accomplissement
d’une œuvre de justice et de fraternité, vous vous êtes dit : « Supprimons cet homme, il gênerait
notre commerce et notre trafic. »
Et vous vous êtes
rendu clandestinement la nuit chez M.
Alfred Naccache, alors Président de la République Libanaise, le suppliant de garder le secret au sujet de cette visite,
l’induisant en erreur au sujet du Dr. Dahesh, et cherchant à le convaincre de
l’expulser du pays. À la suite de vos démarches réitérées et de votre
insistance, il ordonna une enquête
serrée où tous les témoignages prouvèrent abondamment son innocence. Il
refusa donc honnêtement de se rendre à vos sollicitations, répliquant qu’il n’avait rien trouvé dans l’homme qui pût mériter tel
traitement. M. Naccache, convaincu par la suite que nous étions au courant
de vos démarches auprès de lui, nous les
confirma lui-même.
Muni de la recommandation
d’un ami français, vous vous êtes rendu
de même à la Sûreté Française pour y demander encore l’expulsion du Dr. Dahesh.
Là aussi vous l’avez bassement calomnié ; votre répugnante manœuvre fut
démasquée et vous avez été éconduit. Le
Directeur de la Sûreté lui-même nous communiqua ce fait.
Vous poursuiviez
inlassablement le Dr. Dahesh.
Votre
intention était de nous faire rompre tout contact avec lui. Et la menace, quant à sa vie, se précisait chaque jour
davantage ; on nous mettait en garde de tous côtés, nous avons dédaigné
ces avertissements. N’est-on pas libre de ses amitiés et de ses
relations ?
Qui donc vous
autorisait à vous mêler des nôtres ? Avons-nous jamais formulé la moindre
critique au sujet de vos fréquentations plus ou moins équivoques, ainsi que de
celles de votre famille ? Ceci ne nous regarde aucunement.
Ne pouvant rien
obtenir du Président Naccache et de la Sûreté Française au Liban qui, l’un
comme l’autre, se refusaient à de lâches complaisances, vous avez donc
poursuivi et attaqué Dahesh avec toutes vos possibilités et le temps de votre
néfaste influence. Vous avez profité de
l’élection de votre beau-frère Béchra El-Khoury à la Présidence de la
République Libanaise pour agir d’accord avec lui. Ne pouvant rien par le
droit, vous avez alors organisé contre le Dr. Dahesh – en vous servant des miliciens Phalangistes libanaises à votre solde
– plusieurs agressions, dont la dernière à la porte de sa demeure. Ne pouvant rien par le droit, vous avez, par
l’abus de la force, fait jeter cet homme hors des frontières du Liban et de la
Syrie [les deux pays étaient alors sous mandat
français et c’est à la demande du président libanais Béchara el-Khoury que les
autorités syriennes jetèrent le Docteur Dahesh hors de leurs frontières], sans jugement aucun, après les plus
odieuses persécutions, après l’avoir dépouillé de sa nationalité, le vouant
ainsi à une mort certaine (Lire la lettre de Dahesh à son avocat
Noun), car en temps de
guerre, toute personne sans nationalité (et sans
carte d’identité pour le prouver) peut
être tenue pour espion et court le constant danger d’être fusillée.
Vous avez persécuté
un juste, un innocent, et nous l’avons défendu par tous les moyens en notre
pouvoir.
Vous avez causé la mort de ma fille Magda [en la poussant au suicide] et vous en portez
la terrible responsabilité. Vous avez chargé
un ami assyrien, l’ordure de son pays, pour imprimer un livre qui nous
attaquait par le mensonge. Et lorsque ce même ami fut condamné à la prison pour
vol à notre détriment, vous avez mis à son sevice un avocat
des vôtres.
Vous avez, par toutes sortes de moyens, essayé de
convaincre des juges de me condamner à des années de prison, et cela pour des livres que j’ai publiés sous ma
signature au sujet de l’Affaire Daheshiste et de la juste défense du droit et
de la liberté. Tout le monde le sait [que vous êtes derrière mon emprisonnement et la mort de
ma fille] et vous maudit !
C’est ainsi sans doute que vous suivez les préceptes de justice et de charité
évangéliques que vous distribuez généreusement tous les matins du haut de votre
tribune le « Jour » [Journal de langue
française fondé et dirigé par Michel Chiha, le frère même de Marie Hadad, à qui
elle adresse cette lettre].
Vous écrivez dans
votre numéro du « Jour » en date du 10 Février 1948 à propos de
nos frères syriens :
« L’esprit
de fraternité doit gouverner la vie quotidienne. Ils doivent savoir que nous
aimons l’indépendance autant qu’eux-mêmes... et que le Liban est le pays des
libertés autant et plus qu’aucun autre. »
Voila ce qui
s’appelle tromper avec des mots !
Moi, j’exprime tout
haut ce que les autres disent ou taisent suivant leur tempérament. Vous
considérez uniquement vos intérêts personnels au détriment des pauvres
Libanais, [quand bien même] ils devraient
mourir de détresse. Vous prônez l’indépendance, mais elle ne profite qu’à un
groupe qui l’utilise au mieux de ses seuls avantages. Non,
le Liban n’est pas le pays des « libertés », et j’ai acquis cette
certitude en la payant de ma propre expérience, moi et combien
d’autres !...
Comment votre main a-t-elle osé écrire ce mot
« Libertés » lorsque vous-même, par
votre fanatisme religieux, attaquez jusqu’à la liberté de conscience qui est
respectée dans tous les pays civilisés ?! Vous avez pourtant persécuté, par tous les moyens en votre pouvoir, les
Daheshistes qui abandonnaient – non pas l’Évangile de Jésus-Christ – mais une
Église qui se travestit en chrétienne pour commettre les abus les plus opposés
à l’Évangile et aux Livres Saints.
Vous jetez
l’anathème sur ceux qui « persécutent l’Esprit », alors que vous
savez bien que vous êtes le premier d’entre eux. Une distance infinie sépare
l’acte de la parole vaine. Vos discours sont l’organe
pharisien de l’hypocrisie et du mensonge ! Et de quel droit proposez-vous les exemples évangéliques, alors que
vous vous comportez à l’opposé de ce que vous prêchez trop haut ? De quel
droit parlez-vous de charité et de miséricorde, alors que vous
ensanglantez de gaieté de cœur plusieurs familles [Marie
Hadad écrit à juste raison ces mots pénibles… Sa fille Magda s’est donnée la mort pour éveiller l’opinion publique
sur l’Affaire Dahesh… Nous publierons prochainement les documents
concernant ce point si pénible pour nous d’y revenir, et le mot de Magda laissé
sur sont lit de mort, demandant aux Libanais de prendre la défense de l’opprimé
au nom de tout ce qui leur est cher et sacré…] ?
Lorsqu’on se pose
en sage et en philosophe, on met préalablement d’accord ses actes avec ses
discours. Votre conduite est celle des Pharisiens, sépulcres blanchis. Mais si
la corruption est en ce cas dissimulé, elle n’en demeure pas moins réelle. Vous avez toujours travaillé sous le masque
et dans l’ombre.
Au lieu d’inspecter
les consciences humaines, examinez votre vie privée. Pourquoi ne
craindriez-vous point, pour des raisons que vous connaissez bien, que n’arrive
un jour que vous soyez expulsés
vous-même de votre pays, fuyant la honte, le jugement et le regard de vos
compatriotes, en souvenir de l’homme juste que vous avez expulsé hier de sa
maison, dépouillé de sa famille, de ses amis, de son pays ?
Caïn, Caïn... qu’avez-vous fait de votre frère ?... Souvenir
Hallucinant...
Vous m’avez fait
enfermer 75 jours à Asfourieh [Asile pour aliénés
au Liban] parmi trente folles dans le même local. Mais j’aurais
recommencé à passer par cet enfer pour la défense d’un juste tel
que Dahesh persécuté par vous.
Et les prisons, et
la promiscuité de la vermine morale et physique, et des infections malodorantes
n’atteignent la dégradation de vos âmes dans votre conduite envers moi, envers
nous tous Daheshistes.
Vous êtes,
vous, la cause première de la mort de Magda et des évènements qui se sont
enchaînés à la suite de ce drame. Vous vous êtes irrémédiablement,
éternellement souillés, et un nouveau crucifiement d’un nouveau Christ ne
pourrait point vous laver jamais ! Un Christ ou un Gandhi vous en
discourez chaque jour du haut de votre chaire en longues phrases sonores. Vous
développez leur grandeur et leur humilité à tous les thèmes... mais ce
sont là pour vous uniquement des sujets d’éloquence, et je ne vous vois guère
parmi des intouchables, car il s’en trouve partout au Liban ; ni lavant
les pieds d’un pauvre ; ni renonçant au luxe qui vous encadre à tout
instant. Je ne vous vois point, car ce serait pour vous déchoir, causant avec
quelques portefaix dans un quartier de pauvre ; ni saluant de votre
voiture une parente mal vêtue ou humiliée par le destin, même si vous la
connaissez fort bien. Dans ce cas, vous vous détournez en homme distrait par
l’importance de son rôle de grotesque frère-prêcheur.
Sous le prétexte de défendre la morale et la moralité, vous vous octroyez le droit de diffamer un homme qui
serait libre, comme tout un chacun, de se comporter comme vous, selon vos
propres mœurs. Mais cela n’est point
dans sa nature qui vous dépasse autant que le ciel dépasse la terre.
Vous avez
été donc l’instiguateur de la campagne de presse organisée contre le Docteur
Dahesh. Et le public, trop souvent crédule, fut en ce temps-là
influencé par vos mensonges ; et vous faisant crédit, il admit à l’aveugle
le fait d’une culpabilité quelconque. Mais
ce jugement se retourne déjà contre vous ! De même, moralement, le
peuple a appris à connaître la vérité sur le Docteur Dahesh que vous aviez si
criminellement calomnié... Et la quantité de lettres qui nous sont adressés par
des hommes éminents, parmi les plus cultivés, prouvent dans quelle haute idée
ils le tiennent. C’est comme une marée montante de louanges et
d’admiration.
L’opinion publique,
maintenant informée, se retourne contre les auteurs de tant de criminelles
persécutions. Les plus éloquents témoignages nous parviennent chaque jour de
partout ; des voix se font entendre... et vous les entendrez (vous
serez flétris !) dans le monde entier, à mesure que s’amplifie le
Daheshisme, institution spirituelle s’il en fut jamais, institution
internationale.
Mais rien n’efface
les actes accomplis... on les paye simplement.
Et la Justice
intransigeante règle sa balance, inévitablement, mathématiquement…
Le temps ne
l’altère point. Après des jours, des mois ou des ans, qu’importe, vous rendrez
compte.
Supprimons cet
homme, avez-vous dit. Mais les conséquences de votre odieuse conduite vous
poursuivront tel un mortel cauchemar ; elles hanteront vos jours autant
que vos nuits oppressées... et vous
crierez vainement : Grâce !...
(La suite
prochainement…)
*
Lire >> sur le même
sujet une lettre de Dahesh adressée à Me Edouard Noun
Lire >> une sélection des
œuvres de Dahesh : Mémoires d'un Dinar : Pilosophie de la guerre et
défense de la Patrie
Lire
>> Le Daheshisme expliqué (Regard sur le Daheshisme à Vol d’Oiseau)
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