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Encyclopédie Universelle Daheshiste
(L’émir Fayçal et le
monde arabe de Versailles
1850-1950)
[ Conçue et rédigée par Georges H. Chakkour – Éditions Jeune Lévrier
]
Copyright © 2009 Georges H. Chakkour – Tous
droits réservés
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PRINCE CHARISMATIQUE
aux yeux d’aigle, l’émir Fayçal el-Hâchimi était un homme de vaste culture,
naturellement ouvert à l’Occident et parlait couramment le français, la langue
diplomatique de l’époque. Il fut sans contredit, l’une des rares figures
politiques arabes à avoir charmé, par son intelligence et la profondeur de ses
vues, par la douce stabilité de son caractère et son intransigeance nationale,
tous les grands politiciens et dignitaires européens qui l’ont approché lors
des discussions à la Conférence de la Paix, français, britanniques, italiens et
américains.
Ce
prince au destin si fulgurant, si étrange, fut aussi un des rares représentants
de la Nation arabe à n’avoir jamais, semble-t-il, cherché à concéder à son
profit la moindre parcelle d’autonomie et d’indépendance nationale que les
peuples d’Orient avaient méritées au prix de tant de sacrifices aux côtés des
Alliés, lors de la Première Guerre mondiale. « Mes amis, l’indépendance se
prend et ne se donne pas », avait-il lancé, avec une rare amertume dans la
voix, aux Syriens qui lui demandaient si les discussions s’étaient bien
déroulées entre lui et Clemenceau. L’indépendance... un mot sacré pour l’émir
Fayçal. Comme on sait, les événements qui suivirent lui donnèrent raison :
battu par Deschanel à l’élection présidentielle de 1920, Georges Clemenceau se
retira définitivement de la vie politique et les deux pays de Syrie et du Liban
dont la France avait la tutelle, n’obtinrent leur indépendance qu’à la fin de
la Deuxième Guerre mondiale, la Syrie en avril, le Liban en août 1946.
Voici, présenté aux lecteurx sous forme de chronologie raisonnée, un siècle
d’histoire du Proche-Orient et de la Mésopotamie depuis les premiers contacts
du XXe siècle européen avec les peuples d’Orient et l’Islam, jusqu’à cette date
quand le dernier soldat français quitta la Syrie... terre bénie qui vit naître
et mourir un des plus beaux rêves de l’histoire de la Nation arabe !
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1854 :
Alphonse de Lamartine publie Histoire
de la Turquie.
[L’auteur de Graziella a été l’un des premiers
et rares auteurs, voyageurs et diplomates européens à avoir désigné le «
Mont-Liban » par le nom de « Liban ». Mais ce n’était pas du Pays du Cèdre
actuel dont parlaient ces voyageurs et historiens du XIXe siècle, mais de «
Djebel Loubnân » (Mont-Liban) : un département de la province de Syrie qui
faisait alors partie de la Turquie ottomane.]
1856 :
Le peintre écrivain français Eugène
Fromentin publie Un été dans le Sahara.
1857 :
Inauguration de la ligne de chemin de
fer égyptienne, reliant le Caire à Alexandrie : environ 300 kilomètres.
1860-1861 :
À la suite du massacre des Chrétiens
maronites par les Druzes, l’empereur Napoléon III décide l’envoi d’un corps
expéditionnaire au Mont-Liban (province ottomane de la Syrie depuis 1516). Une
commission internationale impose alors à la Sublime Porte l’autonomie politique
et administrative de la Montagne, consacrant, par le dit « Protocole de 1864 »,
la représentation politique des communautés : embryon du futur « Pacte
national » qui va régir, sous forme maronito-sunnite, le Grand-Liban du mandat
; et, plus tard, le Liban indépendant des années quarante. Selon ce protocole,
le gouverneur du Mont-Liban devait être un Chrétien, non de la Montagne, mais
sujet Ottoman.
[Selon certains chiffres, les massacres
de 1860 auraient coûté aux Maronites plus de quinze mille morts et deux fois
plus de réfugiés.]
1860-1861 (Orientalisme et
Christianisme) :
Ernest Renan [1823-1892], envoyé en mission
archéologique au Mont-Liban, visite la Palestine et la Syrie. Son voyage lui
inspire Histoire des Origines du Christianisme (publié entre 1863-1883). Ce fut
aussi lors de son séjour à Ghazîr, petit village près de Byblos, à 39
kilomètres au nord de Beyrouth – dans le même village où un certain enfant de
douze ans, du nom de Salim El-Achi, passera en 1921 six mois à l’Orphelinat
Américain, – que Renan rédigea la Vie de Jésus. [Cet enfant, ce sera le futur
Docteur Dahesh.] Nous citons cette coïncidence étrange que Renan, un auteur
français, écrivît son « Jésus » au Liban, et en plus à Ghâzir, lieu même où
vécut le célèbre Docteur Dahesh, pour la seule raison que la vie, les
enseignements, la lutte et les souffrances de Dahesh (sous le président de la République
Béchara el-Khoury), furent comme une copie conforme de celles de Jésus-Christ
sous Hérode en Palestine. Une autre raison : la thèse, très légitime de Renan,
à propos des miracles de Jésus, élaborée à Ghâzir (des récits évangéliques de
laquelle thèse l’auteur ampute tout pouvoir de miracles à Jésus, « pour la
seule raison », écrit-il, « qu’il n’y a pas lieu de croire à une chose dont le
monde n’offre aucune trace expérimentale »). Cette thèse franche qui fit
scandale en son temps, trouve sa plus belle défaite par les miracles de
l’Enfant même de Ghâzir où Renan écrivit son livre, en même temps qu’elle donne
raison à Renan : il est difficile de croire à une telle puissance possible dans
un monde « géré par des lois immuables ». Sa thèse est juste sinon Jésus ne
serait pas Jésus ni Dahesh Dahesh.
1861 :
Première implantation juive hors des
murs de la ville de Jérusalem.
1863-fin XIXe siècle (Orientalisme)
:
Expansion de l’Orientalisme européen.
Peintres, écrivains, politiciens, diplomates, sociologues et philosophes vont à
la découverte de l’Orient. Les uns en mission diplomatique, les autres en quête
d’une source d’inspiration nouvelle, ou simplement attirés par ses richesses
intellectuelles et ses couleurs exotiques. Avec la découverte de la Turquie et
de l’Arabie, les villes et les peuples de l’Afrique du Nord et des villes
riveraines de la Méditerranée orientale, grâce surtout aux toiles orientalistes
qui se multiplient au Salon de Paris depuis 1850 : le « rêve oriental» gagne du
terrain en Europe ! Alors que commence au Levant l’ère coloniale, le style de
vie et les couleurs exotiques du monde arabe et musulman vont, eux, à leur
tour, en coloniser en quelque sorte, les goûts de l’époque.
17 novembre 1869 (Canal de Suez) :
Inauguration du Canal de Suez. Première
traversée solennelle en présence de l’impératrice Eugénie (l’épouse de Napoléon
III), de l’empereur d’Autriche, des princes héritiers d’Angleterre et de la
Prusse. Au milieu d’eux prône le réalisateur français du projet, le vicomte
Ferdinand Marie Lesseps, assis à côté du vice-roi d’Égypte Ismaïl Pacha (le
successeur de Mouhammad Saïd Pacha qui soutint la création du Canal). Large de
190 mètres, long de 195 kilomètres et profond de 20 mètres, il est le premier
canal maritime qui relie, à travers une terre égyptienne totalement déserte, la
Méditerranée à la mer Rouge. Une flotte de 48 navires franchit pour la première
fois « le Canal de Suez » ; un événement qui récompense dix années de travaux
gigantesques et des siècles de fantasmes depuis le roi de Perse, Darius III.
Rêve de tant de siècles barbares, arabes et vénitiens, les travaux avaient
commencé le 22 avril 1859, et furent achevés le 18 mars 1869. Ce gigantesque
projet, accompli en partie par les Pharaons il y a quarante siècles, fut souvent
interrompu et repris, abandonné et continué par tous les conquérants depuis
Ptolémée jusqu’au VIIIe siècle de notre ère, puis repris encore, sans grand
succès, par les Vénitiens au XVIe siècle, puis enfin par le général Bonaparte
en 1798. En recevant Ferdinand de Lesseps à l’Académie française, le 22 avril
1885, Ernest Renan dira : « Un seul Bosphore suffisait bien jusqu’ici aux
embarras du Monde... Vous venez d’en créer un second, bien plus important que
l’autre. Vous aurez ainsi marqué la place des grandes batailles de l’avenir. »
27 avril 1876 :
La reine d’Angleterre et d’Irlande,
Victoria, montée à l’âge de dix-huit ans sur le trône, devient « Impératrice
des Indes ».
1882 :
Création de l’Orchestre Philharmonique
de Berlin.
19 décembre 1894 :
Procès du capitaine Dreyfus devant le
premier Conseil de guerre de Paris. Le 22 décembre, il est déclaré
coupable « à l’unanimité de ses sept juges » et condamné à la déportation
à vie dans une enceinte fortifiée. 5 janvier 1895 : dégradation militaire de
Dreyfus dans la grande cour de L’École Militaire de Paris. 21 février 1895 :
Dreyfus embarque à Rochefort pour l’île du Diable.
1888 :
Découverte à Tell El-Amarna, dans la
Haute-Égypte (au nord d’Assiout, sur la rive droite du Nil), d’un important
dépôt de tablettes cunéiformes, en argile. Elles sont d’une valeur capitale
pour les historiens de la Moyenne-Égypte, et éclairent l’histoire diplomatique
de ces États d’Orient avec leurs anciens conquérants venus des rives du Nil. Ce
sont la correspondance échangée entres les souverains de l’Égypte, tandis
que leur Capitale était à Akhetaton (aujourd’hui Tell El-Amarna), et leurs
vassaux syriens et palestiniens, et ceux d’entre les deux fleuves, le Tigre et
l’Euphrate : les différents princes de la Syrie, de la Palestine et de la
Mésopotamie. On y découvre que les villes phéniciennes de Djoubel (Byblos) et
Soûr (Tyr) étaient les plus anciennes villes de la Méditerranée, et que leur
existence remonte au troisième millénaire avant notre ère. Autrement dit : à plus
de vingt siècles avant le roi Hiram Ier qui a aidé le roi Salomon à construire
le Temple de Jérusalem (et qui régna sur la ville de Tyr de 969-935 av. J.-C.).
Enfin que les premiers Phéniciens formaient à l’origine des tribus nomades
sémitiques, venues d’Arabie se fixer en Syrie et en Mésopotamie : ce sont les
Ancêtres des Bédouins arabes d’aujourd’hui ! Venues des bords de la « mer
Érythrée » (nom qui, chez Hérodote, désigne les côtes arabes du golfe
Persique), ces premières tribus sémitiques qui ont peuplé la Phénicie, et plus
tard Carthage et la Sicile, sont sorties du sein de l’Arabie.
1897 :
Premier Congrès sioniste tenu à Bâle
(ville de Suisse aux frontières de l’Allemagne et de la France).
[Réunit à Bâle, du 29 au 31 août 1897,
ce premier congrès sioniste marque un tournant décisif dans l’histoire du
mouvement des « Amants de Sion », et devient officiellement « le Mouvement
sioniste politique » (ou l’Organi-sation mondiale du Sionisme). Theodor Herzl
(écrivain juif d’origine hongroise et théoricien de la « nécessité de retrouver
une patrie à la Nation juive ») y propose les premières lignes de son
programme, qu’il qualifie de « plan de réunification nationale juive ». Un
grand Conseil composé alors de 15 membres y est élu, ainsi qu’un Conseil
restreint de 5 membres. Dans son journal, Herzl écrit : « A Bâle, j’ai posé les
jalons de l’État des Juifs. »]
1898 :
Theodor Herzl, fondateur de
l’Organisation sioniste mondiale, visite la ville de Jérusalem. Pèlerinage également
à Jérusalem de l’empereur allemand Guillaume II, dit « le Kaiser ». Rencontre
des deux hommes au sujet de la Palestine et d’un foyer juif en Terre Sainte.
13 janvier 1898 :
Dans l’Affaire Dreyfus, Émile Zola,
convaincu de l’innocence absolue de Dreyfus, refait le coup de Voltaire dans
l’Affaire Calas et publie dans L’Aurore une retentissante « lettre ouverte »
adressée au président de la République française, Monsieur Félix Faure, que le
journal intitule : J’accuse. Que d’encre elle a fait couler cette lettre
ouverte de Zola publiée dans L’Aurore de ce jeudi 13 : Puisqu’ils ont osé,
j’oserai aussi, moi. La vérité, je la dirai, car j’ai promis de la dire, si la
justice, régulièrement saisie, ne la faisait pas, pleine et entière. Mon devoir
est de parler, je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le
spectre de l’innocent qui expie là-bas, dans la plus affreuse des tortures, un
crime qu’il n’a pas commis. Il y dénonce le procès de Dreyfus et l’acquittement
d’Ester-hazy (« soufflet suprême à toute vérité, à toute justice ») et commence
par accuser le lieutenant-colonel du Paty de Clam d’avoir été « l’ouvrier
diabolique » de l’erreur judiciaire (« en innocent, je veux le croire »), mais
d’avoir ensuite défendu son œuvre néfaste (« depuis trois ans, par les
machinations les plus saugrenues et les plus coupables »). Il accuse le général
Mercier de « complicité consentante ». Il accuse le général Billot d’avoir eu
entre les mains (« les preuves certaines de l’innocence de Dreyfus et de les
avoir étouffées, de s’être rendu coupable de ce crime de lèse-humanité et de
lèse-justice, dans un but politique et pour sauver l’état-major compromis »).
Et après avoir crucifié d’un mot le général de Boisdeffre et le général Gonse
(« complices du même crime »), le général de Pellieux et le commandant Ravary
(« d’avoir fait une enquête scélérate »), il accuse les trois experts en
écritures des cinq commis qui attribuèrent la paternité du bordereau à Dreyfus
(«d’avoir fait des rapports mensongers et frauduleux, à moins... » déclare Zola
avec cynisme, « qu’un examen médical ne les déclare atteints d’une maladie de
la vue et du jugement»). Il accusa surtout les bureaux de la Guerre d’avoir
manipulé la presse afin d’égarer l’opinion et couvrir d’une faute plus grave
leur erreur, et réserva la part du lion au premier Conseil de guerre qu’il
accusa (« d’avoir violé le droit en condamnant un accusé sur une pièce restée
secrète»), et le deuxième Conseil d’avoir acquitté Esterhazy pour couvrir cette
illégalité (« commettant à son tour le crime juridique d’acquitter sciemment un
coupable »). Et pour conclure, il jeta le défi de le traduire en justice, mêlé
de quelle profession de foi : « En portant ces accusations, je n’ignore pas que
je me mets sous le coup des arrêts 30 et 31 de la loi sur la presse du 29
juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c’est volontairement que
je m’expose. Quant aux gens que j’accuse, je ne les connais pas, je ne les ai
jamais vus, je n’ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que
des entités, des esprits de malfaisance sociale. Et l’acte que j’accomplis ici
n’est qu’un moyen révolutionnaire pour hâter l’explosion de la vérité et de la
justice. Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui
a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que
le cri de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en Cour d’assises et que
l’enquête ait lieu au grand jour ! J’attends. Veuillez agréer, monsieur le
Président, l’assurance de mon profond respect. Émile Zola. »
1899 :
Le gouverneur général de la ville de
Jérusalem (Youssouf Diya al-Khalidi) écrit au Grand Rabbin de France (Zadok
Khan) en lui montrant le danger de la colonisation juive en Palestine.
8 février-5septembre 1905 :
Guerre d’expansion russo-japonaise en
Chine du Nord-Est (la Mandchourie) entre la Russie impériale et l’Empire
japonais.
1908 : Révolution Jeune-turque
Le Comité Union et Progrès prend le
pouvoir en Turquie. Il rétablit le Parlement et restaure la Constituion de 1876
abolie par le Sultan vingt ans auparavant.
1er juin 1909 :
Naissance, à Jérusalem, dans le vieux
quartier de Bâb Al-Amoûd, de Salim Moussa Échaya (dit El-Achi), le quatrième
enfant et premier fils de Moussa El-Achi et de Chmouné Hanna Mourad Kânoun’ :
le futur Docteur Dahesh.
25 juillet 1909 :
L’aviateur et ingénieur français Louis
Blériot effectue la première traversée de la Manche à bord de son avion le
Blériot type XI, modèle qui sera utilisé par l’armée française au cours de la
Première Guerre mondiale.
1er janvier 1911 :
Proclamation de la République de Chine
par Sun Yat-Sen.
22 juin 1911 :
Couronnement en Angleterre de George V,
petit-fils de la reine Victoria et second fils d’Édouard VII, auquel il succéda
en raison de la mort de son frère aîné – terrassé par une pneumonie à l’âge de
28 ans, – le duc de Clarence. C’est sous le règne de George V qu’éclatera la
Première Guerre mondiale, à laquelle participera la Grande-Bretagne pour
honorer la dite « Entente cordiale » signée à Londres, le 8 avril 1904, avec la
France.
1912 :
Début de la guerre balkanique.
10 avril 1912 : Le Titanic
Le plus gros paquebot du monde – long
de 270 mètres, large de 28,5 mètres, ses quatre cheminées culminant à 42 mètres
au-dessus de l’eau, nourri par 159 moteurs dévorant 2 tonnes de charbon à
chaque mille – appartenant à la White Star Line, entame son premier voyage sous
la conduite du capitaine Edward J. Smith : c’est le Titanic... symbole du
nouveau siècle industriel et mécanique ! C’est sa première traversée : le 10
avril 1912, tôt le matin, il a quitté Southampton, ville de l’Angleterre
méridionale, dans le Hampshire, pour rallier New York. Quatre jours plus tard,
le dimanche 14 avril, à 22 heures 15, c’est la catastrophe ! Le géant paquebot,
« considéré insubmer-sible du fait de ses 16 compartiments étanches », heurte
un iceberg qui dérive dans la nuit au sud-est de Terre-Neuve; et commence à
prendre l’eau. Il lance son premier S.O.S. à 22 heures 25, et coule, brisé en
deux, à 2 heures 20 après minuit, par 3850 mètres de fond. Chef-d’œuvre de
l’industrie navale, plus somptueux qu’un palais de maharadjah, gros et riche
que dix banques, la Compagnie (pleine de confiance en son luxueux modèle) avait
économisé sur les canots de sauvetage (« moitié moins nombreux en cas de
catastrophe ou ce que prévoyait le Code maritime »). Des 2 200 passagers qui
étaient à bord, 1 635 avaient péri. Parmi eux, un groupe de musiciens qui,
dit-on, continua à jouer jusqu’à la fin.
30 mars 1912 :
Le Maroc est sous protectorat français.
24 janvier 1913 :
Brutal coup d’État des Jeunes-Turcs à
Istanbul : assassinat en plein Parlement de Nazim Pacha, ministre de la Guerre.
3 juillet 1913 : Folies militaires
et progrès scientifiques
Le Reichstag vote une loi militaire qui
porte les effectifs de l’Armée allemande à 760 000 hommes, et en prévoit 820
000 pour 1914. En réponse, la France, qui ne compte que 39 millions d’habitants
contre 68 millions outre-Rhin, se résigne à allonger le service militaire. La loi
du 7 août porte le service des jeunes soldats à trois ans et prévoit pour 1914
une Armée forte de 750 000 hommes. En décembre 1913, c’est au tour de la Russie
de porter ses effectifs de combat à 1 200 000 hommes et de prévoir pour 1915
une Armée de 1 800 000 soldats.Sur une population de 170 millions d’âmes, 4 400
000 Russes vont endosser l’uniforme lors de la Grande Guerre, autrement dit : 3
% du chiffre global de la population, et près de 9 % du chiffre total des
soldats mobilisés lors de la Grande Guerre.
[L’effort gigantesque et faramineux des
états-majors ne porte pas seulement sur l’augmentation des effectifs
militaires, il vise surtout aux armements et aux techniques de pointe. Le télégraphe
sans fil, encore de courte portée à l’aube du XXe siècle (à peine de quelques
centaines de mètres), s’est beaucoup amélioré (on peut à présent communiquer à
des milliers de kilomètres par messages radio en morse). L’obusier allemand «
Max le Long », créé par l’industriel Krupp, peut maintenant tirer à une
distance de 120 kilomètres. Des cuirassés britanniques, lancés en 1906,
marquent de leur côté une ère nouvelle dans la cons-truction des navires de
ligne. Dans les colonies, des automitrailleuses françaises sont utilisées aussi
bien pour des missions de surveillance que de combat. Le début XXe siècle
marque aussi, grâce à l’ingénieur maritime français, Maxime Laubeuf
[1864-1939], l’essor définitif de la navi-gation sous-marine – illustrée par Jules
Vernes dans un de ses romans de science fiction. Enfin l’aviation, conçue et
utilisée à l’origine pour la reconnaissance militaire, fera son entrée comme
arme offensive et sera employée comme chasseur, puis comme bombardier, dès
1915.]
28 juin 1914 :
Assassinat de l’Archiduc
François-Ferdinand, héritier de l’Empire austro-hongrois, et de son épouse
morganatique Sophie Chotek, duchesse de Höhenberg, alors en visite à Sarajevo,
en Bosnie-Herzégovine, par un jeune universitaire serbe de 19 ans, Gavrilo Princip.
[Cet attentat mettra le feu à l’Europe
et à ses colonies, alors divisée entre la « Triple-Alliance » : elle groupait
l’Italie (qui en mai 1915 prendra le parti du camp adverse) et les deux Empires
centraux : l’Autriche-Hongrie et l’Allemagne, à laquelle était militairement
allié l’Empire ottoman des Jeunes-Turcs ; et de l’autre la « Triple Entente» :
alliant la Grande-Bretagne, la France et la Russie des Romanov. Un mois plus
tard, jour pour jour, le 28 juillet 1914, l’Autriche-Hongrie déclarera la
guerre à la Serbie, entraînant la Première Guerre mondiale qui va durer quatre
ans.]
Mi-juillet 1914 :
La famille El-Achi, suite aux premiers
troubles causés en Bosnie-Herzégovine, en route de Jérusalem pour rejoindre
leur village natal en Anatolie, est bloquée à Beyrouth – la future capitale
libanaise où l’un de ses cinq enfants, le futur Docteur Dahesh, allait
proclamer sa mission d’unité des religions universelle en 1942.
Août-octobre 1914 :
Début de la Première Guerre européenne
et entrée dans le conflit de l’Empire ottoman aux côtés des Empires centraux
(l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie). Du fait de la guerre mondiale, l’autonomie
du Mont-Liban est suspendue par un décret militaire de Djamal Pacha, un des
trois dirigeants du Comité Union et Progrès et commandant en chef de la IVe
armée ottomane en Syrie.
[En quatre ans de guerre : plus de 65
millions d’hommes seront mobilisés et envoyés sur divers fronts en Europe, au
Proche-Orient et en Asie.]
28 juillet 1914 :
L’Autriche-Hongrie déclare la guerre à
la Serbie. L’Allemagne soutient l’Autriche, et la Russie la Serbie.
29 juillet 1914 :
Belgrade est bombardée par l’artillerie
autrichienne. («Toutes les capitales européennes ont les yeux fixées sur la
Russie : Nicolas II va-t-il abandonner la Serbie ? »)
30 juillet 1914 :
Mobilisation générale en Russie.
31 juillet 1914 :
À 9 h 30 du soir, Jean Jaurès, le
leader du Parti Socialiste français, fondateur du journal « l’Humanité » en
1904, est assassiné à coups de revolver par Raoul Villain, au Café du
Croissant, rue Montmartre à Paris.
1er août 1914 :
La mobilisation générale est décrétée «
à la même heure dans l’après-midi en France et en Allemagne. L’Italie reste
neutre ». (Paroles de Poilus, Lettres et Carnets du front, 1914-1918) Ce même
jour l’Allemagne déclare la guerre à la Russie.
2 août 1914 :
Traité secret d’alliance militaire
entre l’Empire ottoman et l’Allemagne. (Berlin, qui s’apprête à déclarer le
lendemain la guerre à la France, signe avec Istanbul un traité militaire qui
permet à son État-major d’entraîner dans le conflit, et sous son commandement,
les unités turques.)
3 août 1914 :
Les Allemands violent la neutralité du
Luxembourg et après un ultimatum à la Belgique, l’envahissent et décla-rent la
guerre à la France.
4 août 1914 :
La Grande-Bretagne, selon un article
d’alliance militaire entre elle et la Belgique, déclare la guerre à
l’Allemagne, l’Allemagne à la Belgique qui résiste au passage de ses troupes.
Les deux croiseurs allemands, le Goeben
et le Breslau, bombardent Bône et Philippeville, deux villes portuaires de
l’Algérie française (aujourd’hui Annaba et Skikda).
5 août 1914 :
L’Autriche-Hongrie déclare la guerre à
la Russie.
7 août 1914 :
Les Serbes entrent en Bosnie.
10 août 1914 :
Les Russes sont devant Tilsit (ville de
la Prusse-Orientale, aujourd’hui en Russie).
12 août 1914 :
Le Royaume-Uni et la France déclarent
la guerre à l’Autriche. Les deux croiseurs allemands, le Goeben et le Breslau,
entrent dans les Dardanelles pour passer sous commandement ottoman.
24 septembre 1914 :
Premier télégramme de Lord Kitchener,
ministre de la Guerre britannique, à l’émir Abdallah – l’aîné des quatre fils
du chérif Hussein de la Mecque et futur roi de Jordanie – pour s’enquérir de la
position du Hedjaz dans la guerre.
Début octobre 1914 :
La Grande-Bretagne instaure un
protectorat sur l’Égypte.
[Alors qu’à Marseille, on annonce le
débarquement des troupes indiennes venues aider les Alliés contres les
Alle-mands, au Caire, des contingents australiens et néozélan-dais courent
défendre l’Égypte et le canal de Suez contre les Turcs ottomans.]
29 octobre 1914 :
Enver Pacha, ministre de la Guerre – il
fut avec Djamal Pacha et Tal’at Pacha à la tête du comité Union et Progrès qui
entraîna la Turquie dans la guerre aux côtés des Empires centraux – donne le
feu vert à l’amiral Wilhelm Souchon d’attaquer les ports russes de la mer
Noire. Les trois villes, Odessa, Sébastopol et Novorossisk sont bombardées par
les deux croiseurs allemands, le Goeben et le Breslau, battant désormais
pavillon turc sous le nom de Yavuz Sultan Selim et Midilli.
1 novembre 1914 :
Du fait de son agression du 29 octobre
dans la mer Noire, l’Empire ottoman est considéré par la Russie et ses alliés,
être entré en guerre aux côtés des Puissances centrales.
2 novembre 1914 :
La Russie déclare la guerre à l’Empire
ottoman.
3 novembre 1914 :
Les Russes avancent dans le Caucase, ils
prennent Diadin et Bayezid, en Arménie, au nord-est du lac Van.
5 novembre 1914 :
Les deux alliés de la Russie, la France
et la Grande-Bretagne, joignent leur déclaration de guerre contre la Sublime
Porte à celle du chef suprême de la dynastie des Romanov.
21 novembre 1914 :
Les Russes progressent vers Van et
Erzeroum, deux places importantes en Arménie.
23 novembre 1914 :
Le Sultan/Calife ottoman, Mehmed V,
lance l’appel au djihad à tous les Musulmans, sujets ou non de l’Empire
ottoman, contre l’impérialisme des infidèles groupés sous le nom de Triple
Entente. [Chronologie de la Guerre, Librairie Militaire Berget-Levrault, donne
la date du « 16 novembre : Le Sultan proclame la guerre sainte ».]
Décembre 1914 :
Le Conseil Sioniste mondial, réuni à
Copenhague, pro-clame la neutralité des Juifs dans la guerre.
9 décembre 1914 :
Les Anglais sont maîtres de Chatt
El-Arab (dans l’actuel Irak), depuis le confluent du Tigre avec l’Euphrate
jusqu’à la mer du golfe Persique.
30 décembre 1914 :
Les Turcs, conduits par Enver,
combattent à Sarikamich, au sud de l’ancienne province ottomane de Kars –
annexée par la Russie après la guerre russo-ottomane de 1877-1878 et fortement
peuplée d’Arméniens.
[Cause du Génocide arménien : Vaincue
par les Russes à Sarikamich, en janvier 1915, la 3e Armée ottomane d’Enver
Pacha se vengera sur la population arménienne accusée de sympathie pro-russe et
de collaboration avec l’ennemi.]
1914 :
Le Japon, profitant du conflit mondial,
déclare la guerre à l’Allemagne et s’empare des concessions et propriétés
allemandes en Chine, notamment dans le Shantung.
18 décembre 1914 :
Profitant du déclenchement des
hostilités avec la Turquie, le Gouvernement britannique publie une note
officielle supprimant la suzeraineté de la Porte sur l’Égypte, mettant le pays
sous son protectorat. Le lendemain, il proclame la déposition du kédive Abbas
II Hilmi Pacha, et nomme à sa place son oncle, le prince Hussein Kamal, le
second fils d’Ismaïl Pacha (l’inaugurateur du Canal de Suez: voir à ce propos
note du 17 novembre 1869), avec le titre de sultan d’Égypte. (À la mort de ce
dernier, le 9 octobre 1917, le pouvoir passera à son frère aîné, le sultan
Fouad Ier, père du futur roi Farouk, né deux ans et quatre mois plus tard, le
11 février 1920.)
18 janvier 1915 :
Le Japon présente ses vingt-et-une
demandes à Pékin, ultimatum dans lequel le Gouvernement de Shigenobu Ôkuma
cherche à faire de la Chine un protectorat nippon. Un mouvement anti-japonais
se propage dans tout le pays.
Février 1915 :
Rompant avec son prédécesseur (le
premier président de la République de Chine, Sun Yat-Sen) le nouveau président
chinois, Yuan Shikai, aidé par les Japonais, restaure et rétablit le système
impérial et se proclame empereur de Chine. (« Cet essai de restauration du
pouvoir impérial à son profit ayant échoué, il redevint président de la
République, mais mourut brusquement – peut-être empoisonné. » Le Petit Robert)
2 février 1915 :
Djamal Pacha perd la bataille de Suez
contre les forces britanniques et se replie vers la Syrie.
29 février 1915 :
Début de l’opération franco-anglaise
dans les Dardanelles pour forcer les détroits et contrôler la mer de Marmara.
22 avril 1915 : Premier emploi des
gaz toxiques
Première utilisation par les Allemands
des gaz toxiques à Langemarck, près de la ville belge d’Ypres, en France. Les
soldats des tranchées françaises, envahis par la fumée venue des tranchées
allemandes, tombent asphyxiés comme des mouches. Ceux qui parviennent à fuir,
infestés par les gaz toxiques, pour peu qu’ils aient aspiré une bouchée de
cette vapeur infernale, au bout de quelques minutes se mettent à cracher du
sang et meurent à leur tour, le visage noir comme du charbon.
Mars-avril 1915 :
Arrestation à Istanbul de plus de deux
cents notables arméniens et début de la déportation des Arméniens par les
autorités ottomanes.
26 avril 1915 :
Traité de Londres entre l’Italie et les
Alliés et entrée des forces italiennes aux côtés de l’Entente.
[Cet accord secret signé le 26 avril à
Londres entre l’Italie et la Triple Entente, octroie à l’Italie de vastes
compensations territoriales et économiques au Proche-Orient, si l’Italie
déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie.]
7 mai 1915 : Torpillage du Lusitania
Torpillage du Lusitania, par le
sous-marin allemand U-20, alors qu’il arrivait en vue des côtes sud-est de
l’Irlande. Moins de vingt minutes plus tard, le paquebot britannique coulait
avec tous ses passagers à bord. Parmi les 1 198 disparus, il y avait 128
Américains... [« Le Cunard Lusitania est torpillé et coulé en vue de la côte
sud d’Irlande. De 218 voyageurs américains, 128 sont noyés. Il y a en tout 1
145 voyageurs, 761 survivants. L’indignation est générale. » (Chronologie de la
Guerre, Premier volume 31 juillet-31 décembre 1914, Librairie Militaire
Berger-Levrault)]
14 juillet 1915-10 mars 1916 :
Correspondance échangée entre Hussein
el-Hâchimi, chérif de la Mecque, et le haut-commissaire britannique au Caire,
Sir Henry MacMahon (après le télégramme de Lord Kitchener à l’émir Abdallah :
voir note du 24 septembre 1914), à propos de l’avenir des provinces arabes de
l’Empire ottoman et de l’établissent d’un État Arabe indépendant (ou une
confédération d’États arabes) sous la souveraineté de chérif Hussein.
21 août 1915 :
Premières exécutions publiques de
patriotes syriens à Beyrouth, place des Canons (l’actuelle place des Martyrs ou
Sahet el Bourj) par Djamal Pacha, gouverneur ottoman de Syrie et commandant en
chef de la IVe armée. Le poète Halim Dammous (futur disciple du Docteur Dahesh)
est arrêté par les forces de l’ordre, passe une nuit en prison, mais est libéré
le lendemain.
10 septembre 1915 :
Naissance à Paris du Canard enchaîné, journal
humoristique qui tue à sa manière le mensonge médiatique et le bourrage de
crâne des états-majors. (« Car si le rire est le propre de l’homme, rien aussi
ne tue comme lui. ») Ses principales victimes... la guerre, la censure,
les politiciens, le pouvoir et les curés. Parmi ses premiers collaborateurs on
retrouve des noms comme Anatole France, Raymond Radiguet, Jean Cocteau.
26 décembre 1915 :
Traité d’alliance entre la
Grande-Bretagne et l’émir du Najd Abdel-Aziz Ibn Séoud, futur roi et fondateur
de l’Arabie Saoudite.
9 février 1916 :
Instauration du service militaire
obligatoire en Angleterre et dans tout le Royaume-Uni. (L’Irlande, qui connaît
une grande instabilité politique, échappe à cette mesure.)
21 février 1916 : Verdun
Offensive allemande sur la rive droite
de la Meuse, début de la bataille de Verdun.
Mars 1916 :
Victoire de Mustafa Kemal (futur
premier Président de la République turque) contre les forces navales des Alliés
dans les Dardanelles.
Avril 1916 :
Accords Sykes-Picot qui prévoient le
partage et le démembrement en « zones d’influences » de la Syrie et de la
Mésopotamie entre la Grande-Bretagne et la France.
6 mai 1916 :
Djamal Pacha fait pendre à Beyrouth et
à Damas un autre groupe de nationalistes syriens.
16 mai 1916 :
Signature à Londres des accords
Sykes-Picot à propos du partage des provinces arabes de l’Empire ottoman.
[Duplicité
britannique
Un an plus tôt; le 16 avril 1915, sur
l’initiative des Anglais, un autre traité secret avait été signé à Londres par
la Grande-Bretagne, la France, la Russie et l’Italie, dans le but d’attirer
cette dernière dans la guerre aux côtés de l’Entente. Il fut promis à l’Italie
(voir notes du 26 avril et 23 mai 1915) d’importants avantages territoriaux,
dont la région d’Antalya située en Asie Mineure. Alléchée par tant de
mirifiques promesses, l’Italie était entrée en guerre contre les Empires
centraux un mois plus tard. Quant à la Russie des Romanov, elle devait avoir
les provinces de Van et d’Erzeroum, les parties orientales de Mus, Trabzon et
Bitlis, près du lac de Van, ainsi que les parties de Sivas et de la région de
Harput (dont Mamouret’ Ul-Aziz, la ville natale de Moussa El-Achi, le père du
Docteur Dahesh), et de Diyarbakir, en Mésopotamie orientale.]
10 juin 1916 :
Le chérif de la Mecque, Hussein Ibn
Ali, gardien des Lieux saints de l’Islam, donne le signal de la Révolte arabe
contre l’Empire ottoman et déclare l’indépendance du Hedjaz.
1er juillet 1916 : La Somme
Première offensive franco-britannique
contre le front allemand en Picardie et début des batailles de la Somme.
[Ces combats, les plus sanglants de la
Grande Guerre – et probablement les plus meurtriers de toute l’histoire de
l’humanité – durèrent jusqu’en novembre et causèrent – pour le seul 1er jour de
l’offensive – la perte de près de 80 000 soldats tués ou mortellement blessés
au combat.]
20 août 1916 :
Entrée en guerre de la Roumanie du côté
des Alliés.
15 septembre 1916 :
Des chars d’assaut sont utilisés pour
la première fois par les Britanniques au cours de l’offensive de la Somme.
5 octobre 1916 :
La Bulgarie entre dans la guerre aux
côtés des Puissances centrales. Les troupes alliées débarquent à Salonique
(ville de Grèce au fond du golfe de Thessalonique).
24 octobre 1916 :
Les Français contre-attaquent dans la
zone de Verdun : reprise de Douaumont.
2 novembre 1916 :
Le chérif de la Mecque, Hussein Ibn
Ali, se proclame «Roi du Hedjaz et des pays arabes ». (Il sera renversé par
Abdel-Aziz Ibn Séoud, roi du Nejd, en 1924.)
18 novembre 1916 :
Fin de la bataille de la Somme. (Elle
fit un million de morts, blessés et disparus selon une statistique couramment
admise, selon d’autres, bien plus.)
21 novembre 1916 :
Mort à Vienne, au château de
Schönbrunn, de l’empereur d’Autriche et roi de Hongrie, François-Joseph 1er.
18 décembre 1916 :
Fin de la bataille de Verdun. (Près
d’un million de soldats morts selon un chiffre arrondi, selon d’autres, bien
plus.)
25 décembre 1916 :
Le général Joffre (Joseph Jacques
Césaire) est nommé maréchal de France et est remplacé par le général Georges
Robert Nivelle à la tête des Armées françaises.
1er janvier 1917 :
Les dépenses militaires et civiles de
la France sont estimées à près de 138 millions de francs chaque jour.
8 janvier 1917 :
« Début de la première vague de grèves
en France (grève de la haute couture parisienne) ». (Chronologie Paroles de
poilus, lettres et carnets du front, 1914-1918, sous la direction de
Jean-Pierre Guéno et d’Yves Laplume)
31 janvier 1917 :
Annonce par les Allemands de la reprise
de la guerre sous-marine à outrance dans l’Atlantique. (Le Kaiser Guillaume II
l’avait fait suspendre dix-huit mois plus tôt après le coulage du Lusitania et
la menace par Washington d’entrer en guerre contre l’Allemagne.)
[« Mercredi 31 janvier 1917 :
L’Allemagne, en son nom et en celui de l’Autriche, répond aux États-Unis. Elle
n’a jamais entendu annexer la Belgique, mais seulement prendre des garanties.
Elle est si désireuse d’assurer l’in-dépendance des peuples qu’elle réclame
celle de l’Irlande et de l’Inde. Mais comme ses adversaires repoussent ses
avances, elle croit, dans l’intérêt de l’humanité, devoir intensifier la guerre
pour l’abréger. À partir du 1er février, tout navire, neutre ou non, rencontré
dans les eaux de l’Angleterre, de la France et de l’Italie, sera coulé sans
avertissement. Une route étroite reste ouverte aux navires neutres ; les
États-Unis pourront également communiquer avec le port anglais de Falmouth.»
(Chronologie de la Guerre, Librairie Militaire Berger-Levrault)]
8-12 mars 1917 :
Première révolution russe. (Soit le
23-27 février selon le vieux calendrier orthodoxe.) Grèves massives, le
gouver-nement et la police n’assurent plus ni l’ordre ni l’approvisionnement de
la Capitale. Le 10 mars (soit le 25 février selon le calendrier russe) le tsar
ordonne l’intervention de l’armée pour réfuter la grève. Les soldats refusent
d’obéir aux ordres de leurs chefs et fraternisent avec les insurgés.
11 mars 1917 :
Prise de Bagdad par les forces anglo-britanniques.
16 mars 1917 :
Abdication du tsar de Russie Nicolas
II.
6 avril 1917 :
Entrée en guerre des États-Unis aux
côtés de l’Entente, dite aussi la Triple Entente – initialement la France,
l’Empire russe, et l’Empire britannique, à laquelle se joignirent l’Italie à
partir d’avril 1915, et d’autres pays comme la Roumanie, à partir d’août 1916,
et la Grèce en mai 1917. (Avec la déclaration de guerre du président Woodrow
Wilson à l’Allemagne, la Grande Guerre prend un caractère, non plus européen,
mais mondial.)
[« Après dix-sept heures de débat et
cent quatre discours, à 3 heures 15 minutes du matin, la Chambre des États-Unis
adopte l’entrée en guerre par 373 voix contre 50. Un amendement portant que les
troupes américaines ne pourraient être envoyées en Europe a été repoussé. Dès
le lever du jour, tous les navires allemands dans les ports des États-Unis ont
été saisis. 3.000 officiers et marins ont été internés à Ellis-Island. » Un
premier contingent de 80.000 soldats américains est aussitôt envoyé en France.]
16 avril 1917 :
Début de l’offensive du Chemin des
Dames dite « Offen-sive Nivelle » du nom du général français qui commanda
l’offensive : Georges Robert Nivelle. Désastre, massacres et sacrifices
gratuits – échec total pour l’armée française, conditions de vie effroyables
dans le froid, la boue, le déluge d’obus dans les tranchées – mutineries de
soldats français (on fusille des poilus qui refusent de monter à l’assaut). Les
pertes en vie humaines frôlent des chiffres incroyables, 250 000 Français sont
tués ou blessés ; du côté allemand, le nombre des tués et blessés est
pareil-lement inouï. Première utilisation de chars d’assaut par les Français.
15 mai 1917 :
Le général Nivelle est remplacé par le général
Pétain à la tête de l’Armée française.
6 juillet 1917 :
Les Bédouins du Hedjaz, conduits par
l’émir Fayçal et Lawrence d’Arabie, occupent les crêtes des montagnes qui
surplombent Akkaba (ville portuaire de l’actuelle Jordanie, dans le golfe d’Akkaba,
sur la mer Rouge).
2 novembre 1917 : Déclaration
Balfour
La Grande-Bretagne promet de soutenir
la création d’un « Foyer national juif » en Palestine.
Mi-novembre 1917 :
Les Bolcheviques divulguent par la
radio les accords secrets de Sykes-Picot et publient le contenu de l’entente
entre les Alliés sur le partage de Constantinople et des provinces arabes de
l’Empire ottoman.
[« À la suite de la Révolution
d’Octobre qui renverse l’État tsariste et installe le pouvoir bolchevique en
Russie, le nouveau gouverneur de Pétrograd découvre dans les archives du
Ministère des affaires étrangères de Pétrograd une copie du texte du traité
Sykes-Picot qu’il porte, en janvier 1918, à la connaissance du Gouvernement
ottoman, toujours possesseur des territoires concernés. Le pouvoir ottoman
transmet alors ces informations au chérif Hussein de la Mecque à qui avait été
promis, en 1915 par les Britanniques dans une série d’échange avec Sir Henry
McMahon, le haut commissaire britannique au Caire, un Grand Royaume arabe, pour
qu’il se désengage de la coalition avec la Porte. Dès la nouvelle connue, la
colère gronde chez les Arabes. Désagréablement surpris par la lecture du
traité, Hussein Ibn Ali transmet le texte au Gouvernement britannique avec une
demande d’explications. » (Internet-Wikipédia : Accords Sykes-Picot)]
17 novembre 1917 :
En France, Georges Clemenceau devient
président du Conseil des ministres.
11 décembre 1917 :
Entrée d’un premier contingent anglais à
Jérusalem et occupation de la Ville sainte par le général Allenby.
[Depuis les Croisades, organisées du
début du XIe jusqu’à la fin du XIIIe siècle, c’est la première fois qu’une
armée non musulmane entre dans la Ville sainte.]
5 décembre 1917 :
Armistice séparé signé à Brest-Litovsk
entre les Bolche-viques russes et les Allemands.
4 janvier 1918 :
Le général Allenby décide que les
contingents français participeront deux fois par semaine à la garde du
Saint-Sépulcre à Jérusalem, et que les tirailleurs musulmans français tiendront
la garde de la Mosquée d’Omar.
7 août 1918 :
Ferdinand Foch est nommé Maréchal de
France par le président Poincaré.
8 août 1918 :
Offensive des troupes françaises en
Picardie. Victoire des Alliés sur la Somme. Début de l’offensive générale des
forces alliées sur le front occidental.
Septembre-novembre 1918 :
Signature des premiers armistices,
capitulation de l’Alle-magne et fin de la Première Guerre mondiale.
[Le 11 novembre 1918, à 11 heures du
matin, les clairons sonnent la fin des combats sur tous les fronts en Europe.]
[... Et retour au Liban de cheikh
Béchara el-Khoury et de M. Émile Eddé, avec M. Naccache, les deux principaux
acteurs de la politique libanaise durant et après le mandat. Durant la Grande
Guerre, les hauts dignitaires libanais avaient fuit la vindicte ottomane et,
avec d’autres personnalités politiques du Mont-Liban, s’étaient réfugiés en
Égypte. Retour aussi au Liban de MM. Daoud Ammoun (qui va présider la première
délégation libanaise à la Conférence de la Paix), Ayoub Tabet et Alfred
Naccache. En fait, comme écrira Denise Ammoun quatre-vingts ans plus tard : «
ce sont les leaders qui vont tour à tour diriger le Liban. » (Histoire du
Liban, 1860-1943) À Beyrouth, l’ancien Consul général de France et
haut-commissaire du Levant, M. François Georges-Picot (signataire des accords
Sykes-Picot) n’est pas à son poste.]
1er octobre 1918 :
Entrée des troupes anglo-chérifiennes à
Damas.
3 octobre 1918 :
« Plus vite, plus vite, cocher... fouette
tes chevaux vers Istanbul : Fayçal el-Hâchimi et son ami Lawrence se trouvent à
Damas. » Inquiet du progrès des Nationalistes arabes, le wali du vilayet de
Beyrouth, Ismaïl Hakki bey, abandonne le Grand Sérail, et fuit vers Istanbul
après avoir délégué ses pouvoirs à cheikh Omar Daouk, président de la
Municipalité de Beyrouth. Mumtaz bey, gouverneur du Mont-Liban, prévenu le même
jour par Omar Daouk, fuit de son côté après avoir délégué ses fonctions et son
titre de moutassarif à M. Habib Fayad, président de la Municipalité de Baabda.
[« Mumtaz bey a hâte de quitter les
lieux, et la cérémonie finale se déroule au pas de charge. Habib Fayad devient
le seul responsable de Baabda avant même de comprendre le sens de sa nouvelle
affectation. Pendant ce temps, Youssef El-Chénaï, le fidèle cocher de Mumtaz
bey, ne sait plus comment maîtriser ses chevaux et craint de verser dans un
ravin tant le moutassarif lui répète : Plus vite, plus vite. » (Histoire du
Liban contemporain, Denis Ammoun, Librairie Arthème Fayard, 1997, page 199)]
7 octobre 1918 :
Conduites par le contre-amiral Varney,
les troupes fran-çaises débarquent à Beyrouth.
8 octobre 1918 :
Commandée par le général Allenby, la 7e
Armée britan-nique pénètre à son tour dans Beyrouth.
9 octobre 1918 : Fayçal entre à
Damas
Damas est libérée de l’occupation
ottomane par l’armée chérifienne conduite par l’émir Fayçal (quatrième fils de
Hussein Ibn Ali, chérif de la Mecque et roi du Hedjaz).
Octobre 1918 :
Apogée de l’épidémie dite « grippe espagnole
» (ses victimes se chiffrent, selon certaines estimations, par dizaines de
milliers tous les jours. En quelques mois elle fit près de 20 millions de morts
à travers le monde).
30 octobre 1918 : L’armistice de
Moudros
Signature à bord du cuirassé britannique
Agamemnon, de l’armistice de Moudros entre l’Entente et l’Empire ottoman. Il
fut conclu à 20 heures entre l’amiral britannique Arthur Calthorpe et Hüssein
Rauf Bey, ministre de la Marine turc. L’article 7 est particulièrement
inquiétant pour Istanbul : c’est en réalité une « reddition sans conditions »
qui vient d’être signée par la Sublime Porte !
Novembre 1918 :
Début de friction diplomatique entre
les deux puissances coloniales, française et britannique, postées dans les
provinces détachées de l’Empire ottoman, et notamment en Syrie, à propos du
partage de ces régions occupées en zones d’influence européennes.
3 novembre 1918 :
L’Autriche-Hongrie signe à Villa-Giusti
(près de Padoue en Italie) l’armistice avec les Alliés.
9 novembre 1918 :
Abdication de Guillaume II – fils de
Frédéric III et petit-fils de Guillaume Ier – empereur d’Allemagne depuis 1888.
Proclamation de la République allemande.
Les Anglais entrent dans Baalbek (ville
située dans la plaine de la Bekka, dans l’actuel Liban). Les troupes françaises
débarquent à Alexandrette (ou Iskenderun, ville du sud de la Turquie sur la
frontière syrienne).
11 novembre 1918 : L’Allemagne signe
l’armistice
L’Allemagne capitule, c’est le 1 561e
jour de la Grande Guerre. Après de longues délibérations dans la nuit du 10 au
11 novembre, l’armistice est signé entre les Alliés (représentés par le
Maréchal Ferdinand Foch et le général Maxime Wegand) et les Allemands
(représentés par l’Amiral Rosslyn Wemyss) à 5 heures du matin. Une des conditions
immédiates de l’armistice : évacuation par les Allemands de la Turquie.
(L’Allemagne doit également accepter l’occupation de la rive gauche du Rhin,
son Armée doit livrer ses armements et sa flotte, et ses troupes évacuer tous
les territoires envahis, etc.) À 11 heures ce 11 novembre 1918 : le feu cesse
sur tous les fronts ! « C’est peut-être le plus beau jour pour les hommes,
commente un journal français, depuis qu’il y a des hommes. » Le Premier
ministre britannique Lloyd George souhaite aux Communes : « J’espère que cette
matinée mémorable a vu la fin de toutes les guerres.»
12 novembre 1918 :
En ce premier jour de paix, le Maréchal
de France et commandant en chef des Armées alliées, Ferdinand Foch, écrit dans
une proclamation aux troupes alliées : « Vous avez gagné la plus grande
bataille de l’histoire et sauvé la cause la plus sacrée... la liberté du monde.
Soyez fiers ! D’une gloire immortelle vous avez paré vos drapeaux. La postérité
vous garde sa reconnaissance. »
13 novembre 1918 :
Saad Zaghlûl (1860-1927) et les
Nationalistes égyptiens réclament la fin du protectorat britannique imposé à
l’Égypte depuis 1914. C’est le début de la lutte des pays arabes pour briser le
joug du colonialisme.
26 novembre 1918 :
L’émir Fayçal débarque à Marseille, en
route pour Paris afin de participer à la Conférence de la Paix comme
repré-sentant de la Nation arabe. Il y arrive le 7 décembre. (Le 8 janvier 1919
il est rejoint par son ami Lawrence venu le seconder contre les exigences
françaises sur la Syrie.)
11 décembre 1918 :
Conquête de Jérusalem par le général
Allenby.
13 décembre 1918 :
Le président américain, Thomas Woodrow
Wilson (1856-1924), arrive à Paris pour participer à la Conférence de la
Paix.
20 décembre 1918 :
En conséquence des clauses de Moudros –
cessation des hostilités et démobilisation immédiate des troupes turques –
retour de Moussa El-Achi du front du Caucase. (« Ce jour-là seulement il apprit
que son benjamin chéri n’avait pas survécu au terrible accident de l’Imprimerie
américaine, et qui avait alors provoqué sa mobilisation. »)
Bilan, chiffres et pertes
Première Guerre mondiale : 1914 – 1918
La Guerre de 14-18 fit dans les armées 8
500 000 morts et 2 100 000 blessés. Parmi les civils, on estime qu’environ 10
000 000 périrent du fait de la guerre, directement ou indirectement. La
Russie... perdit 1 700 000 soldats (sur 12 millions de mobilisés).
L’Angleterre... 900 000 soldats (sur 8 millions 900 milles mobilisés).
L’Italie... 650 000 soldats (sur 5 millions 600 milles mobilisés). Les
États-Unis... 115 000 soldats (sur 4 millions 350 milles mobilisés). La
Roumanie... 335 000 combattants (sur 1 million 500 milles mobilisés). L’Allemagne...
1 770 000 combattants (sur 11 millions de mobilisés). La Turquie... 325 000
soldats (sur 2 millions 850 milles de mobilisés). La Bulgarie... 87 000
guerriers (sur 1 million 200 milles soldats mobilisés). La France... (que nous
citons en dernier afin de donner un exemple de contradiction atroce touchant le
nombre des mobilisés, et par conséquent de la valeur aux yeux de leur Patrie
pour laquelle ces braves héros n’ont pas marchandé leur vie) : « Sur huit
millions de mobilisés, plus de deux millions de jeunes hommes ne revirent
jamais le clocher de leur village natal. » (Paroles de Poilus, lettres et
carnets du front, Éditions Librio, 1998, page 6) « La guerre fit dans les
armées françaises 1 million 350 milles morts. » (Le Petit Robert, 1991, article
Première Guerre mondiale, page 780) Enfin, laissant de côté les ânes, les
mulets et les chameaux, pour ne citer que les chevaux, car dans cette guerre de
bêtes sauvages on oublie souvent de citer la bête noble : « Des dizaines de
millions de chevaux furent mobilisés, et partirent pour le front sans jamais
revoir leur chère étable. »
18 janvier 1919 :
Ouverture de la Conférence de la Paix à
Paris.
« La Conférence de la Paix qui s’ouvrit
à Paris, le 18 janvier 1919, eut à résoudre de nombreuses questions épineuses.
L’une des plus ardues consistait à fixer le sort des anciennes possessions des
empires déchus, l’austro-hongrois, l’allemand et l’ottoman. Si le premier se
vit partagé en plusieurs États successeurs indépendants, conformément au
principe des nationalités, le deuxième, par contre, fut dépouillé de ses
colonies et le troisième de ses provinces arabes, au profit des puissances
alliées et associées. Mais l’avenir de ces colonies, de ces provinces et de
leurs habitants préoccupait, au plus haut degré, de nombreuses associations
humanitaires occidentales et de nombreux dirigeants politiques dont le plus
illustre était incontestablement le président des États-Unis d’Amé-rique,
Woodrow Wilson, humaniste et ancien jurisconsulte. Tous s’attachaient à favoriser,
dans la mesure du possible, l’évolution matérielle et morale des populations
habitant lesdits territoires.
À cela s’ajoutaient les revendications
de ces populations, plus particulièrement celles des anciens sujets ottomans
qui réclamaient leur indépendance et refusaient de se soustraire au joug du
sultan pour tomber sous celui des puissances victorieuses. » (Antoine Hokayem,
La Genèse de la Constitution Libanaise de 1926)
30 janvier 1919 :
Les puissances alliées décident le
démembrement de l’Empire ottoman sur la base des accords Sykes-Picot et la
promesse de Balfour aux Sionistes de soutenir la création d’un foyer national
juif en Palestine.
6 février 1919 :
L’émir Fayçal, face au Conseil des Dix
qui préside la Conférence de la Paix, défend au nom de son père Hussein Ibn
Ali, le chérif de la Mecque et roi du Hedjaz, l’indépendance et l’unité de la
Nation arabe.
15 février 1919 :
Conduite par M. Daoud Ammoun, départ de
la première délégation libanaise pour la Conférence de la Paix. D’un côté elle
revendique le « retour des frontières historiques et naturelles » d’un Liban
entièrement indépendant et détaché de la Syrie de Fayçal, et de l’autre demande
l’aide militaire et sociale de la France.
20 mai 1919 :
Le Conseil administratif du Mont-Liban
vote sa déclaration d’indépendance et d’autonomie administrative.
16 juin 1919 :
Le Conseil administratif du Mont-Liban
confie au patriarche maronite, Mgr Élias Howayek, la mission de présider la
deuxième délégation libanaise à la Conférence de la Paix.
28 juin 1919 :
Signature du Traité de Versailles entre
l’Allemagne et les Alliés ; dans les clauses duquel est également confirmé le
partage du Proche-Orient et de la Mésopotamie en deux zones d’influence
française et britannique.
[Inaugurée le 18 janvier 1919, la
Conférence de Paris aboutit au honteux Traité de Versailles qui humilie un peu
trop l’Allemagne, signé, cinq mois et dix jours plus tard dans la célèbre
galerie des Glaces, le 28 juin. Ce mardi d’été 1919 marque aussi le cinquième
jour anniversaire de l’attentat de Sarajevo contre l’archiduc héritier
d’Autriche François-Ferdinand et sa femme Sophie. Le traité de paix avec
l’Allemagne comporte 200 pages et 440 articles : l’Allemagne (« seule
responsable de la guerre avec ses alliés ») perd ainsi 13 % de son territoire
national et 10 % de sa population. Tel était le but de Georges Benjamin
Clemenceau (surnommé « le Père la Victoire » ou « le Tigre ») et qui
nourrissait une haine viscérale envers les Allemands : détruire par tous les
moyens disponibles, humilier, appauvrir et paralyser économiquement,
démographiquement et militairement l’Allemagne. Il venait de créer une bombe à
retardement nommée Hitler.]
15 septembre 1919 :
Signature de l’entente entre Paris et Londres
qui stipule la relève, à dater du 1er novembre, des troupes anglaises en Syrie
par les troupes françaises. Pour les Chérifiens, plus de doute : c’en est fait
de leur rêve de Nation Arabe Unie avec Damas pour Capitale.
2 octobre 1919 :
En France, la Chambre des députés
ratifie le Traité de Versailles et ses clauses militaires, économiques et
territoriales concernant l’Allemagne et les pays vaincus de l’Entente.
8 octobre 1919 :
Le général Henri Joseph Gouraud, commandant
en chef de l’Armée du Levant, remplace François Georges-Picot dans ses
fonctions de haut-commissaire de la République française en Syrie et en
Cilicie.
27 octobre 1919 :
Le patriarche Élias Howayek remet au
Conseil des Dix le Mémoire qui résume les revendications libanaises : retour
aux frontières historiques du pays et tutelle française.
Octobre 1919 :
Conformément à un accord prévu entre
Londres et Paris, les troupes britanniques commencent leur retrait de la Syrie,
cédant la place aux troupes françaises basées dans la Bekka – encore
nominalement partie des territoires ottomans. (Début décembre 1919, le dernier
soldat britannique a déjà quitté la ville de Damas, laissant les Syriens seuls
devant Gouraud.)
21 novembre 1919 :
Le général Henri Gouraud débarque à
Beyrouth.
26 novembre 1919 :
Les troupes d’Allenby résument leur
retrait de la ville de Damas et de la Bekka, laissant le gouvernement arabe et
la France face à face.
6 janvier 1920 :
Accords provisoires (qu’on dit secrets)
entre l’émir Fayçal, représentant de la Nation arabe à la Conférence, et
Georges Clemenceau, chef du Gouvernement français, sur la Syrie (englobant la
Palestine et le Liban actuels).
7 janvier 1920 :
Fayçal quitte Paris pour regagner Damas
via Marseille. Il est accueilli à Beyrouth avec les honneurs militaires par le
général Gouraud.
17 janvier 1920 :
Fin du gouvernement de Georges
Clemenceau qui se retire de la politique. Alexandre Millerand lui succède jusqu’au
24 septembre. (À partir du 23 septembre, jusqu’au 13 juin 1924 : Millerand est
aussi président de la République.)
22 janvier 1920 :
Dans un discours politique tenu à Damas
devant une assemblée de notables et d’officiers supérieurs : Fayçal réaffirme
sa position et proclame l’indépendance absolue et l’unité de la Nation arabe et
de ses territoires.
2 février 1920 :
Départ pour Marseille de la troisième
délégation libanaise pour la Conférence de la Paix : elle est conduite par
l’évêque Abdallah el-Khoury (le vicaire patriarcal de Mgr Howayek). Elle arrive
à Paris le 11 février.
[Une troisième délégation libanaise gagne Paris
« À Baabda, les partisans du
Grand-Liban s’inquiètent. Peut-être à juste titre. Le Gouvernement français n’a
toujours pas concrétisé les promesses de Clemenceau au patriarche Howayek, et
l’on ignore la teneur exacte du projet d’accord franco-chérifien [touchant la
Syrie et les aspirations de la Nation arabe]. Mais la réception solennelle
faite à l’émir par les soldats français laisse présumer une entente totale.
Quel sera le contre coup de cette amitié toute neuve pour un Mont-Liban qui n’a
pas encore retrouvé ses ‘frontières naturelles et historiques’ ? Une semaine
plus tard, le discours de Fayçal au Club arabe de Damas aggrave les craintes
des Nationalistes libanais. L’émir a relancé l’unité de la Syrie intégrale. Il
est temps de réagir, de recommencer à frapper aux portes des grandes
puissances. À la Résidence des Pins, les hauts fonctionnaires ne semblent pas
hostiles à une nouvelle initiative. Le général Gouraud le laisse entendre au
patriarche maronite.
« Les réunions se succèdent aussitôt à
Bkerké et à Baabda. Les membres du Conseil administratif renouvellent leur
confiance au Chef spirituel de la communauté maronite, auquel ils ont, on l’a
vu, donné mandat de représenter le Mont-Liban à la conférence de la Paix. Le
décret promulgué le 6 juin 1919 par le Conseil administratif avait décidé
l’envoi d’une seconde délégation à Paris [la première fut présidée par Daoud
Ammoun], puis tous les membres avaient demandé à Mgr Howayek de la présider.
Cette mission, déclarent-ils, n’est pas achevée. Mais le vénérable prélat ne
peut affronter, encore une fois, les multiples péripéties d’un tel voyage. Il
confie à son vicaire patriarcal, Mgr Abdallah el-Khoury, le soin de poursuivre
la tâche en son nom. La composition de cette troisième délégation doit
comprendre des représentants de toutes les communautés libanaises. Mgr Abdallah
el-Khoury sera donc accompagné par deux maronites, Émile Eddé et cheikh Youssef
Gemayel ; un chiite, Kamel bey El-Assaad; un druze, l’émir Toufic Arsalane ; et
un grec-orthodoxe, Alfred Moussa Sursock. Aucun sunnite n’en fait partie,
puisque cette communauté œuvre dans son ensemble pour rallier la Syrie. » (Histoire
du Liban Contemporain, Denise Ammoun, Librairie Arthème Fayard, 1997, pages
249-250)]
7 mars 1920 : Coup de théâtre des
Syriens
Réuni à Damas, le Congrès syrien vote à
l’unanimité l’indépendance de la Syrie et son unité intégrale avec la Palestine
et la Transjordanie – rendant ainsi obsolète toute idée de mandat ou de
division territoriale des provinces arabes de l’Empire. Il accorde en même
temps à l’émir Fayçal le titre et les pouvoirs de « roi constitutionnel » du
pays.
9 mars 1920 :
La formation du Royaume arabe de Syrie
est annoncée au peuple et Fayçal est proclamé à l’unanimité du Congrès roi de
Syrie sous le nom de « Fayçal Ier».
[À Damas, l’émir Fayçal, fort de
l’appui du Royaume-Uni – traitant avec la France d’un côté et de l’autre soutenant
les Chérifiens avec un sens raffiné de ses intérêts dans la région – se fait
couronner roi de Syrie (incluant dans ses frontières la Palestine, la Jordanie
et le Liban actuels) après que les Anglais l’aient aidé à chasser les Turcs.]
16 mars 1920 :
Les Alliés occupent Istanbul : plus de
cent cinquante députés kémalistes sont arrêtés et exilés à Malte. L’Assemblée
Nationale turque se replie sur Ankara (en Anatolie orientale) et se réorganise
pour faire volte face.
22 mars 1920 : Premier drapeau libanais
Les Nationalistes libanais, excités par
le haut-commissaire Gouraud, protestent contre les décisions de la Syrie et
manifestent en faveur de leur propre indépendance. Au cours d’une de ces
manifestations nobiliaires, qui ont lieu à Baabda, devenue la capitale administrative
du Grand-Liban, le général Gouraud, pour affirmer l’union du Liban avec la
France, choisit comme emblème national du nouveau pays : le drapeau tricolore
français frappé d’un cèdre vert dans sa bande blanche. Cet emblème, d’esprit et
de caractère coloniaux flagrants, demeura le symbole natio-nal du pays, et
flotta sur tous les palais officiels jusqu’à l’indépendance du pays en 1943.
[Le premier à avoir élevé le drapeau colonial français à Baabda/Grand-Liban,
c’est un certain Beyrouthin du nom de Chucry Arkach.]
4 avril 1920 :
Premiers affrontements communautaires
entre Arabes et Juifs en Palestine.
25 avril 1920 : Conférence de San
Remo
Au cours de l’élaboration du Traité de Sèvres,
le Conseil suprême interallié, réuni à San Remo, en Italie, confie à la France
le mandat sur la Syrie et le Liban, et à la Grande-Bretagne le mandat sur la
Mésopotamie, la Palestine et la Transjordanie. Il est aussi confié à la
Grande-Bretagne la mission de réaliser au nom de la Société des Nations les
promesses de Lord Balfour.
[Tenue du 19 au 26 avril 1920 –
composée de représentants britanniques, français, italiens, belges, grecs et
japonais – la conférence internationale de San Remo confirme les accords
franco-britanniques sur le Proche-Orient et la Mésopotamie signés lors de la
Première Guerre mondiale. Elle consacre de même la création d’un « Foyer
national juif » en Palestine, supervisé par les Britanniques. L’indépendance
syrienne, proclamée le 7 mars 1920 par le Congrès national syrien, devient ipso
facto illégitime, voire la bête noire à abattre. (Telle sera la mission de
Gouraud quand il marchera sur Damas avec la bénédiction tacite des Anglais, qui
avaient eux pourtant – ironie des choses de la politique – installé l’émir
Fayçal à Damas)].
26 avril 1920 :
Dans le cadre des accords de San Remo :
les Britanniques et les Italiens reconnaissent que le mandat, non seulement du
Mont-Liban, mais aussi de la Syrie doit revenir aux Français. La Grande Syrie
de Fayçal est condamnée à avorter, écrasée dans l’œuf. Conformément aux
décisions du Traité de Sèvres signé le 10 août 1920 entre les puissances
alliées et la Turquie kémaliste : le Mont-Liban, auquel sont annexés la plaine
de la Bekka, Beyrouth et le littoral méditerranéen de Tyr à Tripoli, devient
par la suite l’État du Grand-Liban et est placé, tout comme la Syrie proprement
dite, sous l’autorité administrative française.
[« Certes, le mandat français n’entrera
officiellement en vigueur que beaucoup plus tard. Il faudra qu’entre temps le
président Mustafa Kemal renonce au nom des Turcs à son opposition larvée, signe
le 10 août 1920, le Traité de Sèvres, et admette que le Liban et la Syrie ne
font plus partie des territoires ottomans. Il faudra aussi que le conseil de la
Société des Nations approuve en 1923 les causes du mandat. Pourtant, en avril
1920, la France est aux yeux de tous la future mandataire. » (Histoire du
Liban, Jacques Nantet, Troisième édition, préface par François Mauriac.)]
Juin 1920 :
Alexandre Millerand, nouveau président
du Conseil après Clemenceau (auquel il succède depuis le 20 janvier 1920) et
ministre des Affaires étrangères, donne à Gouraud pleine liberté d’action sur
le terrain… avec mission d’occuper Damas et de réduire la rébellion syrienne.
Début juillet 1920 :
Télégramme de Fayçal à Millerand, via
Gouraud, l’informant qu’il compte retourner en France pour traiter des affaires
de la Syrie à la Conférence de la Paix.
10 juillet 1920 : Drame de Baabda
Le Conseil administratif du Mont-Liban
vote en faveur de la Syrie de Fayçal (parmi les 12 députés votant pour Fayçal,
le frère même de Mgr Howayek : Saadallah Howayek). Ce vote va déclencher un
processus anti-chérifien que Fayçal ne parviendra plus à maîtriser.
[Des 13 membres composant le Conseil de
Baabda, un est alors absent. D’entre les 12 députés restants, 8 prennent
clandestinement la route de Damas pour prêter hommage à l’émir Fayçal et se
joindre à sa délégation afin de réclamer à la Conférence de la Paix le
ralliement du Grand-Liban au Royaume arabe... Le 12 juillet 1920 : On arrête
les 8 membres, et le Conseil administratif de Baabda est dissous par ordre de
Gouraud. Par décision du tribunal militaire français, ils sont exilés en
Corse.]
14 juillet 1920 : Ultimatum de
Gouraud
Gouraud adresse un ultimatum à l’émir
Fayçal : « le gouvernement de Damas doit accepter, avant le 18 juillet 24
heures, les conditions du mandat confié à la France par le Conseil suprême de
San Remo, faute de quoi, je me verrai obligé de faire appel à la force pour les
imposer. »
[Dans l’ultimatum que le général
Gouraud lance à Fayçal, il est précisé : « Acceptation sans délai du mandat
français avec toutes les conditions territoriales, administratives et
militaires qu’il implique». Ces cinq conditions doivent être acceptées, lui
dit-il après leur énumération, « avant le 18 juillet 24 heures, faute de quoi,
le gouvernement français reprendrait sa liberté d’action, et je me verrai
obligé de faire appel à l’emploi de la force pour les impo-ser. » Dans le
texte, se lit cette condition pour le moins ridicule : « Acceptation du mandat
français dont l’application se présentera sous forme d’aide et de
collaboration. » (En d’autres termes, il est demandé au gouvernement chérifien
de se laisser occuper et usurper par la France coloniale sous l’habit de la
sujétion reconnaissante.)]
24 juillet 1920 : Bataille de Khan
Mayssaloun
L’armée d’occupation française, conduite
par le général Mariano Goybe, entre à Damas après avoir écrasé les troupes
chérifiennes à Khan Mayssaloun.
[Si les troupes françaises sont
accueillies en libératrices par les Chrétiens du Liban, il n’en est pas de même
en Syrie où les Français apparaissent partout comme les nouveaux occupants.
Malgré l’acceptation par l’émir Fayçal des conditions de l’ultimatum du 14
juillet, et les conseils de Clemenceau avant son départ récent du gouvernement,
Gouraud marche sur Damas et défait les forces résistantes arabes qui s’étaient
retirées à Mayssaloun. Fayçal est alors invité à quitter la Syrie avant le 1er
août. Le soir du 27 juillet, accompagné de son frère Zeid, il prend le chemin
de l’exil, presque apatride.]
27 juillet 1920 : Exil de Fayçal
Acompagné de son jeune frère Zeïd, le
roi Fayçal quitte le « royaume éphémère » de Syrie.
3 août 1920 :
Donnant une première satisfaction aux
Nationalistes libanais, Gouraud rattache la plaine de la Bekka, ainsi que Hasbaya,
Rachaya et Baalbek au sandjak du Mont-Liban.
10 août 1920 : Traité de Sèvres
Signature du Traité de Sèvres entre
l’Empire ottoman et les pays de l’Entente. Entre autres clauses imposées aux
Turcs, la Turquie admet que le Liban et la Syrie ne font plus partie des
anciens territoires ottomans ; de même que la Cilicie et une grande partie de
l’Anatolie. Le général Mustafa Kemal – le père de la Turquie moderne, connu
sous le nom d’Atatürk – contestera le traité signé par le Sultan et refusera
d’en reconnaître les termes.
[Le Traité de Sèvres du 10 août 1920,
signé par le Gou-vernement d’Istanbul au nom du Sultan Mehmet VI (le dernier
Sultan ottoman) : consacre la perte définitive pour l’Empire de toutes ses
possessions de l’Europe de l’Est, à l’exception d’Istanbul/Constantinople,
ainsi que de toutes ses provinces du Proche-Orient. Sont prévues également la
création d’une « Arménie indépendante » et d’un État ou d’une « province kurde
autonome » (deux clauses qui ne verront jamais le jour). Ce traité radical
révolta Mustafa Kemal et fut cause de la guerre greco-turque qu’il mena pour la
récupération de la Thrace orientale et de la région de Smyrne – qui seront
finalement reconnues à la Turquie en 1923 par le Traité de Lausanne. (Voir note
24 juillet 1923 : Signature du Traité de Lausanne)]
1er septembre 1920 : Gand-Liban
Le général Gouraud – au nom de la
Société des Nations – proclame solennellement la création de l’État du
Grand-Liban (plus ou moins dans les frontières actuelles du Pays du Cèdre), avec
Beyrouth pour Capitale.
Grand jour historique pour le Liban. À
la Résidence des Pins de Beyrouth – entouré du patriarche maronite, du grand
mufti sunnite, de tous les chefs religieux et personnalités politiques
libanaises, de tous ceux qui ont réclamé à la Conférence de la Paix la tutelle
française ou ont fini par accepter l’occupation militaire : le général Gouraud
proclame officiellement la naissance du Liban à l’ombre des cèdres bibliques.
Un pays soi-disant libre et indépendant, organisé selon les vœux de la
population et dans le respect des confessions – qui s’écroulera sur lui-même et
sombrera dans les atrocités de la guerre civile après avoir vécu ce que vivent
les roses du confessionnalisme.
[« C’est Negib Bey Aboussouan qui
accueille le général par un discours : ‘En cette heure solennelle qui entre
dans l’histoire pour y marquer une date à jamais ineffaçable, au milieu de ces
transports frénétiques de joie et des démons-trations spontanées de bonheur,
Beyrouth fleur de la Syrie, capitale du Grand-Liban, recouvrant la respiration
libre, acclame en vous son bienfaiteur et en vous salue la France glorieuse...
Cette journée grandiose sera d’autant plus marquée que la Providence a voulu
que notre destinée reçoive sa consécration de la bouche d’un preux, de celui
qu’on appelle avec raison le Bayard moderne.’ » (Gérard D. Khoury, La France et
l’Orient Arabe – Naissance du Liban moderne, 1914-1920)]
11 novembre 1920 :
Le Soldat inconnu, un des héros
anonymes tombés à Verdun, est inhumé sous l’Arc de Triomphe de Paris, alors que
joue la « Marche Héroïque » de Saint-Saëns.
Mars 1921 : Transjordanie
Le frère aîné de Fayçal, l’émir
Abdallah, est proclamé Prince gouverneur de la Transjordanie, alors sous
protec-torat britannique.
Mars 1921 :
Par arrêté Numéro 763, un premier
recensement général de la population libanaise est ordonné par le général
Gouraud. Le principe de l’arrêté Numéro 763 est que seuls doivent être recensés
les habitants du Grand-Liban. Quant aux ressortissants libanais fixés à
l’étranger, une disposition annexée à cet arrêté est alors ainsi conçue :
« À l’occasion des opérations de
recensement qui s’effec-tueront en 1921, les Libanais fixés à l’étranger seront
mentionnés dans des registres spéciaux sur la déclaration de leurs parents ou
de leurs Mouktars. Ils seront invités ultérieurement par les soins des Consuls
du Gouver-nement de la République française, à se faire inscrire au Consulat de
France la plus proche de leur résidence, s’ils n’ont pas acquis la nationalité du
pays où ils sont fixés. »
18 août 1921 : Irak
Un plébiscite « irakien » confirme
l’accès au trône d’Irak de l’émir Fayçal el-Hâchimi. Dans son discours
d’investiture, Fayçal rappelle ce qui fut et demeurera toujours la base de sa
politique arabe – que ce soit en Irak, au Liban, ou en Syrie : « Les mots
musulman, chrétien, juif, kurde n’ont aucun sens quand on parle en patriote,
dit-il. Il n’y a qu’un seul pays : l’Irak. »
[La dynastie des Hâchémites d’Irak :
1921-1958. Fondée avec ses frontières actuelles sous les Alliés par l’émir
Fayçal, le fils du chérif de la Mecque et roi du Hedjaz Hussein Ibn Ali, elle
fut renversée le 14 juillet 1958 par un coup d’État militaire qui instaura la
République.]
28 octobre 1922 : Mussolini
Benito Mussolini marche sur Rome avec
ses Chemises noires et obtient du roi Victor Emmanuel III la charge de former
le nouveau gouvernement italien.
1er novembre 1922 :
Abolition du Sultanat par un vote du
Parlement turc. Le dernier cabinet ottoman donne aussitôt sa démission et, le
17 novembre, le dernier sultan ottoman Mehmet VI, s’embarque pour l’exil à bord
d’un navire britannique. En attendant de résoudre la question du Califat, son
cousin Abdülmejid II est proclamé le lendemain simple Calife.
18 novembre 1922 :
Mort à Paris de Marcel Proust. (Un des
auteurs le plus controversé de son époque : génie inégal par sa prose poétique
qui frôle la musique, illisible pour certains à cause de la longueur vaporeuse
de ses phrases, monument majeur de la littérature française pour d’autres
encore, il est en tout cas un des auteurs français le plus traduit, lu, diffusé
et vendu dans le monde aujourd’hui).
Avril 1923 :
Charles Auguste Lindbergh achète son
premier avion.
[Quatre années plus tard, Lindberg va
acquérir une réputation mondiale en devenant le premier pilote à avoir relié
New York à Paris au cours d’un vol direct, du 20 au 21 mai 1927, accompli en
trente-trois heures et trente minu-tes – à bord de son avion : le Spirit of
Saint Louis.]
1923 : The Prophet
Gibran Khalil Gibran publie à New York : The Prophet. Publié en
anglais, le livre connut un succès mondial immédiat, et la réputation de
l’auteur ne cessa de croître depuis.
24 juillet 1923 : Traité de Lausanne
Le Traité de Lausanne amende le Traité de
Sèvres imposé aux Turcs trois ans plus tôt, et délimite les frontières de la
Turquie nouvelle et de la Grèce actuelle, ainsi que celles des États nés (le
Liban, la Syrie, la Transjordanie, la Palestine et l’Irak) sous les mandats
français et anglais. Signé à Lausanne, en Suisse, entre la Turquie kémaliste
d’une part, et la France, l’Italie, l’Angleterre et leurs alliés de l’autre, il
reconnaît en premier lieu la légitimité du régime d’Ankara et les frontières de
la Turquie moderne, de même que sont modifiées en faveur de la Turquie les
frontières de la Grèce actuelle.
La « Question arabe » débattue à
Lausanne
Le nouveau gouvernement turc, se
soumettant à toutes les décisions internationales touchant les provinces arabes
détachées de l’Empire ottoman, signe le Traité de Lau-sanne, et abandonne ainsi
à tout jamais ses prétentions au Liban et en Syrie, de même que sur les autres
provinces confiées au double mandat français et anglais. (Voir aussi San Remo :
note 26 avril 1920.) Signé à Lausanne, en Suisse, le 24 juillet 1923, le Traité
entrera en vigueur le 6 août 1924, autrement dit un an et treize jours plus
tard, donnant ainsi naissance à la nationalité libanaise. De leur part, les
Alliés renoncent à demander l’indépendance de l’Arménie et l’autonomie du
Kurdistan au sein des territoires turcs.
L’un des paradoxes du Traité de
Lausanne fut de sanctionner officiellement des transferts massifs de
populations dont s’ensuivirent des purifications ethniques.
[Transferts de
populations
Parallèlement à ces accords : le
Gouvernement turc signe avec l’URSS le Traité de Kars, par lequel les
Soviétiques rendent à la Turquie un ancien territoire ottoman, grand comme la
Suisse, dont Kars et Ardahan, peuplé d’Armé-niens et de Géorgiens (des Lazes et
des Meskhètes) qui seront expulsés en Russie et remplacés par des Turcs et des
Kurdes.]
23 août 1923 :
En Turquie, la paix des territoires est
ratifiée par la Grande Assemblée Nationale d’Ankara. Le 2 octobre, les Alliés
évacuent Istanbul où les troupes turques feront leur entrée le 6 octobre : la
guerre d’indépendance aurait été terminée !
13 octobre 1923 :
Transfert de la nouvelle capitale
turque à Ankara, en Anatolie orientale.
29 octobre 1923 : Turquie
La Grande Assemblée Nationale conduite
par Mustafa Kemal proclame la République turque avec Ankara pour Capitale.
3 mars 1924 :
Abolition du Califat. Le 30 avril, la
Constitution de la République turque est votée par l’Assemblée Nationale
d’Ankara.
1er janvier 1925 : Syrie
Le général Maxime Weygand,
haut-commissaire de France au Levant, proclame la création de l’État de Syrie
avec Damas pour Capitale.
18 juillet 1925 : Mein Kampf
Adolf Hitler, le futur chancelier du
IIIe Reich, publie Mein Kampf (Mon Combat) : récit autobiographique et
manifeste politique qui allait devenir la référence du nazisme.
23 mai 1926 :
Une première Constitution (calquée de
près sur celle de la France), est édictée au Liban sous Henri de Jouvenel.
[Elle est rédigée par la Commission des treize, à laquelle participe notamment
le député Michel Chiha, le frère de Mme Marie Hadad – future Daheshiste qui
sera emprisonnée par simple ordre de son frère à cause de ses convictions et
ses luttes pour « la liberté d’expression et de croyance » garantie par la
Constitution.] Elle sera provisoirement suspendue entre 1939 et 1943... Le pays
du Cèdre y est déclaré « République démocratique parlementaire fondée sur le
respect des libertés publiques, et en particulier la liberté d’opinion et de
conscience, sur la justice sociale et l’égalité dans les droits et obligations
entre tous les citoyens, sans distinction ni préférence ».
26 mai 1926 :
Pour apaiser la tension nationale, le
pouvoir mandataire s’abrite sous la promulgation de la Constitution du 23 mai.
Tout en créant une République sur le modèle français, la France laisse régner,
sous l’autorité du haut-commissaire, la vieille pratique institutionnelle de la
primauté maronite. Élection du premier président de la République libanaise :
Charles Debbas.
1er septembre 1926 :
L’État du Grand-Liban porte désormais
le nom de République libanaise.
24-29 octobre 1929 :
Krach boursier de New York qui causera
la grande dépression économique mondiale des années trente.
30 janvier 1936 :
M. Émile Eddé est élu président de la
République libanaise. (Ayant présenté sa démission le 4 avril 1941, le général
Henri-Fernand Dentz, représentant de Vichy au Levant, nommera M. Alfred
Naccache chef d’État et de Gouvernement libanais.)
1er septembre 1939 :
L’Allemagne envahit la Pologne... Le
même jour la France proclame la mobilisation générale, suivie le lendemain par
la Grande-Bretagne : c’est le grand retour aux armes.
8 juin 1941 :
L’indépendance libanaise et syrienne
est proclamée par la « France libre » au nom du général de Gaulle, abolissant
ainsi le mandat en Syrie et au Liban. (Les dernières troupes françaises ne
quitteront les territoires occupés depuis la signature de l’armistice de
Moudros, qu’en 1946, après de durs affrontements avec les Libanais et les
Syriens.)
23 avril 1942 :
Début de la Mission Daheshiste au
Liban.
2 septembre 1945 :
Fin de la Deuxième Guerre mondiale :
elle aurait fait plus de cinquante millions de morts, dont les deux tiers
furent des civils, et autant de blessés et de mutilés.
Avril 1946 :
Les dernières troupes d’occupation
françaises évacuent la Syrie.
Décembre 1946 :
Le dernier soldat français quitte le
Liban.
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(Moïse à la veille de sa mort, le Deutéronome : 3, 23-25)
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