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Le Liban / Phénicie
La Phénicie était une étroite bande
de terre du littoral méditerranéen resserrée entre la mer à l’ouest et les
sommets du Liban à l’est, limitée au sud par le mont Carmel et au nord par la
région d’Ougarit, aujourd’hui Ras Shamra, au nord de Lattaquié. Elle fut occupée de 3000 à 1300 ans av.
J.-C. par des populations cananéennes, que les Grecs appelèrent Phéniciens,
sans doute à cause de la pourpre (phoinos signifiant rouge sang), production caractéristique du pays, une teinture extraite du
mollusque Murex trunculus. Une autre interprétation prétend que le nom
Phénicien dériverait du grec phoinix, le palmier. Dans le temps ancien les Israélites appelaient la Phénicie « Canaan »,
qui pouvait désigner commerçants (És. 23.
1-12). La Bible mentionne que Canaan est le
fils de Cham et qu’il engendra Sidon son premier né (Ge. 9. 6, 15).
Outre l’étroite plaine du littoral méditerranéen, occupée par les Phéniciens,
le Liban comprend une chaîne de montagnes calcaires, le mont Liban (djebel Makmal 3048 m) dont les versants
produisent du blé, de la vigne, des arbres fruitiers et des oliviers. Ces
montagnes sont célèbres pour leurs forêts de cèdres gigantesques (Cedrus libani) et par
l’abondance de cyprès, de pins sylvestre et d’ifs (1 R. 5. 6-10 ; 2 R. 19. 23 ; És. 60. 13 ; Za. 11. 1). Les Égyptiens s’en servaient avec abondance. Les rois
d’Assyrie utilisèrent le bois pour leurs machines de guerre (És.14. 8 ; 37. 24 ; Éz. 31. 16). Des lions et des bêtes sauvages hantaient ces forêts. Á
l’est c’est la plaine de la Bekaa (suite de
la dépression du Jourdain ou faille syro-africaine), fertile grâce aux nombreux cours d’eau. Cette vallée
intermédiaire fut appelée « Coelé-Syrie » la Syrie Creuse. Là se trouvent les
ruines imposantes de Baalbek. Plus à l’est ce sont les monts de l’Anti-Liban
dont le mont Hermon est le plus haut sommet (2759
m).
Les Phéniciens possédaient de bons ports
naturels et vivaient dans un ensemble de cités-États : Byblos, Berytos (Beyrouth) Tyr et
Sidon. Un écrit d’Hérodote permet de situer la fondation de Tyr vers 2750 av.
J.-C. (Hérodote 2. 44). Dans la Bible Tyr et Sidon sont souvent mentionnées
ensemble mais Tyr est placée avant sa rivale. Les réserves inépuisables de bois
de charpente étaient utilisées pour la construction des temples, des palais,
des édifices publics et des bateaux. Grands navigateurs, ils fondèrent, à
partir des cités-mères, des comptoirs et colonies sur le pourtour
méditerranéen. Les navires de Tarsis (colonie
phénicienne de la péninsule ibérique)
importaient de l’argent, du fer, de l’étain et du plomb. Carthage (IXe s. av. J.-C.), leur plus grande
colonie, rivalisa très longtemps avec Rome. Grâce à ses comptoirs, la Phénicie
avait le contrôle total de la navigation en Méditerranée. Ces cités avaient
en commun leur religion, leur langue et surtout leur écriture et on attribue
aux Phéniciens l’invention de l’alphabet.
Les Phéniciens firent face aux différentes invasions et pressions des grands
empires d’Égypte et de Mésopotamie et plus tard de la Grèce. D’après les
tablettes de Tell el-Amarna elle fut assujettie à l’Égypte (XVe av. J.-C.).
Disputée par les Lagides puis les Séleucides, la Phénicie fut rattachée à
l’Empire romain (64-63 av. J.-C.). Á l’époque du deuxième Temple la Phénicie atteignait la
ville côtière de Dor, à 26 km au sud du mont Carmel.
Israël et le Liban / Phénicie
La frontière nord
Le Liban est mentionné
plus que 70 fois dans la Bible. Dans le serment fait à Abram (Abraham) la Terre
promise s’étend jusqu’à l’Euphrate : «
En ce jour-là l’Éternel conclut une alliance avec Abram en disant : Je donne ce
pays à ta descendance ; depuis le fleuve d’Égypte jusqu’au grand fleuve,
l’Euphrate, le pays [...] des Hittites [...], des Amoréens, des Cananéens
[...]. » (Ge. 15. 18-21). Á la conquête du
pays de Canaan par les Hébreux, sous la conduite de Josué, il est précisé que
le Liban (Lebanon, blanc) fait
partie intégrante de la Terre promise :
« Josué était vieux, avancé en âge. L’Éternel lui dit alors : [...] et le pays
qui reste à soumettre est très grand. Voici le pays qui reste : [...] Le pays
des Guibliens (Guébal ou Byblos), et tout le Liban vers le soleil levant, depuis Baal-Gad
au pied de la montagne d’Hermon jusqu’à l’entrée de Hamath (Hama en Syrie) ; tous
les habitants de la montagne depuis le Liban jusqu’à Misrephoth-Maïm, tous les
Sidoniens. Je les chasserai devant les enfants d’Israël [...]. » (Jos. 13. 1-6).
Cependant les tribus d’Israël ne purent chasser les Phéniciens ni d’Akko ni
d’Akzib ni de Sidon (Jg. 1. 31). D’autres références bibliques font mention du
territoire libanais inclus à l’intérieur des frontières d’Israël (De. 1. 7 ; 11. 24 ; Éz. 47. 13-23 ; Za. 10. 10). Le prophète Ézéchiel fait mention de Hamath sur
l’Oronte (Syrie), ancienne cité hittite conquise par Salomon qui y
établit des entrepôts. Libérée après sa mort elle fut reconquise par le roi
d’Israël, Jéroboam II (2 R. 14, 28).
Relations politiques et économiques entre
Israël et le Liban
Bien que les
tribus d’Israël ne s’emparèrent ni du Liban ni du nord de Canaan, il n’en demeure pas moins que tous les rois du nord devinrent vassaux de Salomon et furent soumis
à un tribut annuel (1 R. 5. 1).
Quand Salomon entreprit la construction du
Temple de Dieu à Jérusalem, il fit alliance avec Hiram roi de Tyr qui lui
procura des matériaux et des ouvriers : « Ordonne maintenant que l’on coupe
pour moi des cèdres du Liban [...].
Hiram donnait à Salomon du bois de cèdre et du bois de cyprès autant qu’il en
désirait. Salomon donnait à Hiram 20 000 kors (mesures) de froment pour l’entretien de sa maison et 20 kors
d’huile d’olives concassées ; voilà ce que Salomon donnait chaque année à Hiram
» (1 R. 5. 15-25). Le bois arrivant par radeaux était déchargé au port de
Jaffa, puis acheminé vers Jérusalem (2 Ch.
2. 8, 9, 15). Outre le Temple, Salomon se
fit construire un palais qui comportait la maison de la forêt du Liban (1 R. 7. 2). Pour
développer ses activités commerciales vers Ophir et les Indes, Salomon fit
bâtir une flotte sur laquelle naviguèrent les matelots d’Hiram (1 R. 9. 26-28).
Achab, roi d’Israël (874-852 av. J.-C.), épousa Jézabel, fille d’Ethbaal, roi des
Sidoniens et prêtre d’Astarté (1 R. 16.
31). La reine, fervente adoratrice de Baal et
d’Astarté, incita son mari à élever à Samarie un temple et un autel consacrés à
Baal ainsi qu’une ashère, statue représentant l’Astarté phénicienne (1 R. 16. 32, 33). Par son influence, les cultes païens
phéniciens furent introduits en Israël. Jézabel persécuta les prophètes de
Dieu (18. 4-13) et désira mettre à mort Élie (1 R. 17 ; 18). Elle
fut l’instigatrice de la mort de Naboth qui refusait de céder sa vigne au roi.
Par cette mort elle viola la loi morale d’Israël (2 R. 9. 7, 30-37).
Au retour de la captivité de Babylone
les relations économiques reprirent entre les Juifs et les Phéniciens et des
arbres furent coupés pour la
construction du deuxième Temple (Éz. 27.
5 ; Esd. 3. 7) « [...] On donna de l’argent
aux tailleurs de pierres et aux charpentiers, et des vivres, des boissons et de
l’huile aux Sidoniens et aux Tyriens, pour qu’ils fassent venir par mer jusqu’à
Jaffa des bois de cèdre du Liban, suivant l’autorisation reçue de Cyrus, roi de
Perse » (Esd. 3. 6-7).
Images et symboles du Liban
Dans la Bible, le Liban et en
particulier ses cèdres symbolisent la beauté, l’abondance, la gloire, la force
et l’élévation. Différents textes dénoncent le sentiment de supériorité qui
émane du Liban et le conduit à la fierté et à l’arrogance, qui finalement,
précipite sa chute. Ses richesses accumulées par son commerce seront réduites à
néant (prophéties sur Tyr et Sidon, Éz. 27). La gloire du Liban sera abaissée jusqu’à terre, comme
ses arbres, symboles de grandeur, de puissance et de magnificence (És. 10. 34 ; Jé. 22. 6).
Des images glorifiant la beauté du Liban
parsèment le Cantique des Cantiques : « Viens avec moi du Liban, ma
fiancée, viens avec moi du Liban ! Regarde du sommet de l’Amana, du sommet du
Senir et de l’Hermon, des tanières des lions, des montagnes des léopards » (4. 8) ; « Tes
lèvres distillent le miel, ma fiancée ; il y a sous ta langue du miel et du
lait, et l’odeur de tes vêtements est comme l’odeur du Liban » (4. 11) ; « Une
fontaine des jardins, une source d’eaux vives, des ruisseaux du Liban » (4. 15) ; « Ses
jambes sont des colonnes de marbre blanc, posées sur des bases d’or pur. Son
aspect est comme le Liban, distingué comme les cèdres » (5. 15) ; « Ton
cou est comme une tour d’ivoire [...]. Ton nez est comme la tour du Liban, qui
regarde du côté de Damas » (7. 4).
Allégories [sur le Liban] dans le livre
des Psaumes : « La voix de l’Éternel brise les cèdres ; l’Éternel brise les
cèdres du Liban, Il les fait bondir comme des veaux, et le Liban et le Sirion
comme de jeunes buffles » ; « J’ai vu le méchant dans toute sa puissance ; il
s’étendait comme un cèdre du Liban » ; « Les blés abonderont dans le pays, au
sommet des montagnes, et leurs épis s’agiteront comme les arbres du Liban ; les
hommes fleuriront dans les villes comme l’herbe de la terre » ; « Les justes
croissent comme le palmier, ils s’élèvent comme le cèdre du Liban » ; « Les
arbres de l’Éternel se rassasient, les cèdres du Liban, qu’il a plantés ». (Ps.29. 5, 6 ; 37. 35 ; 72. 16 ; 92. 12 ; 104. 16).
Yotham, fils cadet de Gédéon (Yeroubbaal), dans son apologue ou parabole, stigmatise l’usurpation
du pouvoir à Sichem par Abimélek : « Les arbres partirent pour aller oindre un
roi à leur tête. Ils dirent à l’olivier [...], au figuier [...], à la vigne
[...], au buisson d’épines : Viens, toi, règne sur nous. Et le buisson d’épine
répondit aux arbres : Si c’est de bonne foi que vous voulez me donner l’onction
comme roi sur vous, venez, réfugiez-vous sous mon ombrage ; sinon, un feu
sortira du buisson d’épines et dévorera les cèdres du Liban. » (Jg. 9, 1-15). Ce roi,
fils de Gédéon et d’une concubine originaire de Sichem, d’une famille
influente, fit tuer ses demi-frères pour régner. Il est comparé à un buisson
d’épines, qui dévore les cèdres, que symbolisent les familles nobles du pays.
La bassesse détruit la dignité.
Les prophètes bibliques utilisent la
beauté, la richesse et la gloire du Liban comme allégorie (Éz. 17). De nombreuses paroles
de destruction sont données contre le Liban : « Car l’Éternel des armées a fixé un jour contre tout ce qui est hautain
et orgueilleux, contre ce qui s’élève et qui sera abaissé ; contre tous les
cèdres du Liban, hauts et élevés, et contre tous les chênes de Basan [...] ;
contre tous les navires de Tarsis [...]. » (És.
2. 12-16) ; « Il abat par le fer les taillis
de la forêt, et le Liban tombe sous le Puissant. » (10. 34). « Monte sur
le Liban et crie ! Donne de la voie sur le Basan ! [...]. Toi qui habites
sur le Liban qui a ton nid dans les cèdres, combien tu gémiras quand les
douleurs t’atteindront [...]. » (Jé. 22.
20-23).
Complainte sur Tyr : « Tu diras à
Tyr : O toi qui es assise aux abords de la mer, commerçante des peuples, (tournée) vers un
grand nombre d’îles. Ainsi parle le Seigneur, l’Éternel : Tyr, tu disais : Je
suis parfaite en beauté ! Ta frontière est au cœur des mers ; ceux qui t’on
bâtie t’ont rendue parfaite en beauté. Avec des cyprès de Senir ils t’ont fait
des cordages ; ils ont pris un cèdre du Liban pour te faire un mât [...]. La pourpre
et l’écarlate des îles d’Elicha formaient tes teintures [...]. Juda et Israël
commerçaient avec toi ; ils pourvoyaient ton négoce du froment de Minnith, de
pâtisseries, de miel, d’huile et de baume [...]. Et quand tu as été brisée par
les mers, c’est dans les profondeurs des eaux que tes marchandises et tout ton
équipage sont tombés avec toi. [...] Tu es un objet d’épouvante, tu ne seras
plus jamais rien ! » (Éz. 27).
Le Liban symbolise la richesse,
l’abondance et la beauté. Quand Dieu ramènera les captifs de son peuple
tous ces attributs seront déversés sur Israël : « Je serai comme la rosée pour
Israël, il fleurira comme le lis, et il poussera des racines comme le Liban.
Ses rameaux s’étendront ; il aura la magnificence de l’olivier, et la senteur du
Liban. Ils reviendront, ceux qui s’asseyent à son ombre, ils redonneront la vie
au froment, et ils fleuriront comme la vigne ; ils auront la renommée du vin du
Liban » (Os. 14. 6-8). « Le désert et le pays aride s’égayeront ; la steppe
tressaillira d’allégresse et fleurira comme un narcisse ; elle se couvrira de
fleurs, et tressaillira avec chants d’allégresse et cris de triomphe ; la
gloire du Liban lui sera donnée, la magnificence du Carmel et de Saron. Ils
verront la gloire de l’Éternel, la magnificence de notre Dieu » (És. 35. 1, 2).
Jérusalem sera relevée et resplendira comme le Liban : « La gloire du Liban
viendra chez toi, le cyprès, l’orme et le buis, tous ensemble, pour orner le
lieu de mon sanctuaire, et je glorifierai la place où reposent mes pieds » (És. 60. 13).
© Dossier : Le Liban dans la Bible
Dimanche 29 avril 2007, par Loïc Méhauté